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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 18:01

Le rugby, entre Clausewitz et Sun Tzu, entre choc des armées ou contournement ?

Réflexions d’un ancien sportif, amateur aussi de stratégie

 

          

          Pour avoir beaucoup pratiqué des sports très variés, les principaux étant le foot et le tennis, et pour avoir, il y a quelques années beaucoup travaillé sur le thème des stratégies directes et indirectes, je suis toujours très frappé par la façon dont on joue encore au rugby.

            Je regarde souvent les grands  matchs de rugby, et j’apprécie le talent, le courage, et l’énergie dont font preuve le plus souvent nos joueurs de rugby, tout en trouvant, et je n’ai pas changé d’opinion à ce sujet, que c’est trop souvent un sport de « brutes ».

            Pourquoi ce qualificatif ?

            Parce que de façon dominante, les rugbymen recherchent le choc physique, l’affrontement direct plutôt que le contournement, la passe au-dessus ou à côté, sur les ailes, c’est-à-dire l’indirect.

                L’impression, pas obligatoirement anachronique, qu’au rugby, on rejoue toujours Iéna, Verdun, ou Stalingrad !


        Samedi 21 mars 2015, il s’agissait d’un match important des Six Nations, entre l’Angleterre et la France, et je n’ai point vu de différence capitale entre les deux manières de jouer des Anglais et des Français, alors que les Anglais ont toujours su beaucoup mieux utiliser le style indirect  (l’appellation militaire) pour  atteindre leurs objectifs.


         Avec la montée en puissance de la Chine sur tous les terrains du sport, il est possible qu’au fur et à mesure des années et de l’intérêt que la Chine pourrait porter au rugby, elle conduise ses adversaires à modifier leur stratégie, donc à moins compter sur l’effet du choc physique, compte tenu de ses traditions culturelles de l’indirect.


        Jean Pierre Renaud

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 11:44

Au Mali, quelle stratégie ?

 

              La France a engagé son armée au Mali, sans avoir demandé préalablement à ses partenaires européens, d’assumer collectivement cette mission, alors qu’elle est un enjeu important de la sécurité internationale de toute l’Union Européenne.

A lire une presse qui est très volatile sur le sujet,  la France est au Mali pour longtemps, si l’ONU n’accepte pas de mettre à sa place une force de paix internationale.

Au terme des quatre mois de guerre « autorisés » par le Parlement, il va  falloir que la communauté internationale tout autant que le gouvernement français, aient des idées claires sur la longue durée stratégique.

Sur la longue durée, les conditions du succès ne seront pas faciles à remplir :

Une paix difficile à réaliser, sans qu’aux côtés de la coalition africaine en charge de cette mission de guerre et paix, des mouvements de l’islam modéré ne viennent soutenir sa lutte anti-djihadiste, dans une région où traditionnellement l’islam a toujours été fort, pour ne pas dire conquérant, adossé à une histoire riche de grands empires musulmans.

Une paix difficile à réaliser sans l’Algérie, et si l’Algérie, placée au cœur du sujet ne prend pas ses responsabilités en coopérant avec les Etats Africains, parce que la France, compte tenu de son passé colonial n’est pas la mieux placée, à la différence de l’Union Européenne, pour obtenir ce résultat.

Une paix difficile à réaliser, alors qu’il n’y a plus ni Etat, ni armée, sans que l’ONU, avec un mandat de transition, ne mette en place au Mali un pouvoir- relais capable d’administrer et de remettre sur pied un nouvel Etat, et il y faudra plus que quelques mois, et peut-être quelques années !

La présence du capitaine Sanogo, auteur du dernier coup d’Etat, aux côtés d’un chef d’Etat qu’il a chassé du pouvoir, ne laisse augurer rien de bon sur le retour de la paix civile dans cette région.

Le reportage du Monde intitulé « Au Mali, l’encombrant capitaine Sanogo reste au centre du jeu » (15/02/13, page 7) est tout à fait édifiant :

« L’ancien putschiste a  été investi au palais présidentiel de Koulouba par le chef de l’Etat par intérim Dioncounda Traoré au rang de président du « Comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité »

Ce qui veut dire le loup dans une bergerie qui, il est vrai, n’en est plus une ! Et en plein pataquès africain ! On le croyait ou sur le « front », ou en prison !

Une paix difficile à réaliser, si les nouvelles autorités du Mali, à condition qu’elles existent à nouveau, ne trouvent pas une solution intelligente et pérenne, pour associer le peuple touareg aux décisions politiques du nouvel état à créer.

Une paix encore plus difficile à réaliser, sur la longue durée encore, si les gouvernements africains n’arrivent pas à modérer la pression démographique de leurs pays, pour ne pas dire à confiner l’explosion démographique, car il est évident que ce facteur est un des éléments d’instabilité du continent, avec un manque de développement en face d’une jeunesse au chômage.

Jean Pierre Renaud

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 12:02

France et Afghanistan 

Avec la Fondation pour la Recherche Stratégique : la paix en Afghanistan ! Toujours la politique de grandeur de la France !

Est-ce bien sérieux ? Alors que le pays a bien d’autres chats de politique étrangère à fouetter, et qu’il n’a de toute façon pas les moyens de cette politique !

        A lire des articles récents sur les initiatives qu’aurait prises la Fondation pour la Recherche Stratégique afin de faciliter le retour de la paix en Afghanistan, en organisant des rencontres discrètes, sinon secrètes à Chantilly, on se prend à rêver !

Ainsi on se rejoue le feuilleton des négociations secrètes avec le FLN, pour mettre fin à la guerre d’Algérie ?

Comme si l’Afghanistan, dont l’histoire est on ne peut plus compliquée, aussi bien qu’ignorée, avait besoin de la France pour jeter les bases d’un Etat qui n’a jamais vraiment existé !

Une fondation comme celle-là a sûrement mieux à faire sur d’autres points de l’actualité internationale, études stratégiques afin d’éclairer les routes de notre pays, et non le « go-between », qui n’est pas son métier, d’autant plus qu’il parait difficile d’adhérer pleinement à l’affiche qu’elle propose sur sa page d’accueil :

« La Fondation exerce son activité en toute indépendance. Elle est financée essentiellement par les prestations et travaux qu’elle réalise sur une base contractuelle pour ses partenaires publics et privé »

Il est bien dommage que sur son site, la fondation ne communique pas sur son budget, c’est-à-dire sur les sources de son financement.

Il est en effet possible de s’interroger sur son degré d’indépendance effective, lorsque l’on voit la composition de son conseil d’administration, cinq représentants de grandes sociétés pour le collège des fondateurs,  CEA, SAFRAN, ODAS, EADS, DASSAUT AVIATION et cinq représentants de grandes administrations, Défense, Affaires Etrangères, Intérieur, Recherche, et Education Nationale.

Jean Pierre Renaud

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 08:46

Gregor MATHIAS

« David GALULA »

« Combattant, espion, maître à penser de la guerre contre-révolutionnaire »

Lecture critique

Volet 2

Le volet 1 a été publié sur le blog du 21 septembre 2012

 

3

Critique comparative

a)

La théorie des autres officiers français, en particulier celle du commandant Hogard :

A lire les textes et analyses proposées pour comprendre ce qu’était la fameuse théorie de la « contre-insurrection » de M.Galula, il est possible de croire qu’il existait dans les années 1954-1962 une véritable table rase de la pensée militaire à la fois stratégique et tactique, sur ce type de conflit, et notamment sur la guerre d’Algérie.

Ce n’était absolument pas le cas, et les officiers en formation à Saint Maixent, en tout cas en 1958 et 1959, avaient à leur disposition tout un ensemble d’articles solides et « publics » qui décrivaient la guerre révolutionnaire, tirée entre autres, des écrits de Trotsky ou de Mao, et des enseignements de la guerre d’Indochine.

Citons les articles du commandant Hogard parus dans la Revue de la Défense Nationale de décembre 1956, janvier et février 1957.

Ces articles portaient les titres suivants :

1 Guerre révolutionnaire ou révolution dans l’art de la guerre

2 L’Armée française devant la guerre révolutionnaire

3 Les soldats dans la guerre révolutionnaire

Le commandant Hogard y décrivait en détail et de façon parfaitement claire, à la fois les fondements théoriques de ce type de guerre, les instruments utilisés, notamment le contrôle totalitaire des masses, la terreur, l’idéologie en vigueur, les processus révolutionnaires utilisés, et les types de réponses politico-militaires qu’il convenait d’opposer à l’adversaire, la destruction des bandes et des bases, ainsi que celle de l’organisation politique et révolutionnaire secrète.

Le commandant soulevait la question sensible des « arrières », dans le cas de l’Algérie, la métropole.

Cette doctrine était fondée sur le contexte de l’époque, c’est-à-dire la guerre froide, avec toutes les initiatives que prenait l’URSS pour affaiblir le camp « capitaliste », notamment dans le Tiers Monde, et dans les réponses proposées à partir de l’expérience de la guerre d’Indochine, mais il est évident que toute une partie de cette analyse était applicable à la pacification de l’Algérie.

Le commandant Hogard avait pris soin de souligner l’importance du facteur « arrières », et c’est en grande partie sur ce terrain, celui de la métropole, que cette guerre « révolutionnaire », le qualificatif que lui donnait le général Ely dans un article de la Revue Militaire d’Information de juin 1957, intitulé « Le Chef et l’évolution de la guerre », a été un échec

L’échec de la stratégie française a procédé également, et très largement, de l’incapacité de nos gouvernements à opposer à la revendication de l’indépendance une réponse convaincante de l’intégration, à mes yeux d’ailleurs impossible, tant il y avait d’écart entre les niveaux de vie et les cultures des deux communautés, et avec une population française qui n’était pas prête à faire le saut en Algérie même.

Et la grande erreur stratégique de nos gouvernements et du haut commandement militaire fut, à la fois de croire qu’en Algérie on faisait la guerre à un adversaire communiste, et en même temps de faire croire aux Algériens qu’une intégration était possible.

Dans un autre article de juin 1958 (Revue Militaire d’Information), intitulé « Tactique et Stratégie dans la guerre révolutionnaire », le même commandant Hogard décrivait avec la plus grande précision et rigueur tous les éléments de cette doctrine et notait en particulier :

« La conduite de la guerre contre la révolution ne peut se concevoir que comme l’application d’une tactique vraiment « générale » (au sens « civilo-militaire » et non plus « interarmes »), combinant à tous les échelons les moyens de toutes natures, politiques, psychologiques, administratifs, judiciaires et policiers, économiques, sociaux, culturels, militaires, en vue de conserver (ou de reconquérir) le soutien populaire au gouvernement légal et simultanément de détruire l’appareil et les Forces armées révolutionnaires. » (page 11)

Incontestablement donc une doctrine de guerre de type totalitaire que la France n’a jamais eu l’idée ou l’ambition de mener, pour autant qu’elle ait pu ou voulu la faire.

A lire l’ensemble de ces seuls articles, et sans avoir la mesure de toutes les autres réflexions qui ont pu être produites sur le même sujet dans les états-majors ou dans les écoles militaires, à l’époque de la guerre d’Algérie, les idées du nouveau Clausewitz ne semblent pas marquées du sceau de l’originalité, sans citer le livre du colonel Trinquier, intitulé « La guerre moderne », dont une grande partie des idées et propositions techniques était applicable à la guerre d’Algérie.

Pour nous résumer, la pacification telle que décrite par le commandant Hogard était celle qui était susceptible de fonctionner en Algérie, avec l’accent mis sur la population, le contrôle des masses, parfaitement décrit dans les œuvres de Mao Tsé-Tung, mais à plusieurs conditions :

La guerre « révolutionnaire » n’était pas celle des communistes, mais des nationalistes.

 La France n’a jamais cru au mythe de l’intégration, et encore moins les soldats du contingent ; de ce fait, l’armée se trouvait privée du soutien de ses « arrières » de métropole.

L’armée faisait donc une guerre de type « révolutionnaire » sans qu’une telle doctrine soit fondamentalement applicable, et sans qu’elle en ait accepté les impératifs de guerre totale, sauf peut-être dans le cas de la bataille d’Alger.

Enfin, la France n’a jamais été en mesure de contrer efficacement la guerre de type indirect que ses adversaires ont mené dans l’opinion publique internationale, avec l’appui de la Tunisie et du Maroc, de l’URSS et des Etats Unis, ainsi que du monde arabe.

Les analyses d’un Liddell Hart sur la stratégie indirecte, ses modes d’action, ses résultats, n’ont pas assez irrigué la pensée stratégique française en Algérie, ou en tout cas, et si des efforts ont été effectués dans ce but, ils n’ont pas été concluants.

b)

Un cadre de réflexion conceptuelle,  tactique et stratégique, fragile

         Il est possible que les ouvrages de M.Galula contiennent un rappel des axiomes qui ont été analysés et proposés par les grands penseurs de la guerre que furent Sun Tzu, Clausewitz, Mao, Liddell Hart, pour ne pas citer des officiers français qui se sont illustrés dans ce type de réflexion sur la guerre, tels que Beaufre ou Gambiez, mais dans le livre analysé et commenté, on ne voit pas la trace de référence à ces sources.

Sans vouloir allonger notre commentaire, simplement quelques rappels !

Dans ses « Œuvres choisies », Mao Tsé-toung cite son lointain prédécesseur, Sun Tzu :

« Connais l’adversaire et connais-toi toi-même, et tu seras invincible » (page 225)

La mise en application de cette seule maxime de guerre aurait évité bien des déconvenues à la France en Algérie.

Et le même Mao décrivait avec précision les processus politiques et militaires qu’il convenait d’utiliser pour gagner une guerre révolutionnaire, ceux qu’il mit en œuvre en Chine, pour y imposer le communisme.

« L’art de la guerre » de Sun Tzu fournissait par ailleurs un très beau catalogue des axiomes qu’il convenait de mettre en œuvre afin de prendre intact ce qui se trouvait « sous le ciel » de l’adversaire.

La somme de Clausewitz, « De la guerre » contient un ensemble d’analyses, de propositions, d’axiomes, en comparaison desquels les textes de M.Galula font assez pâle figure, sur la guerre, conflit de deux volontés, sur la guerre en tant que  continuation de la politique par d’autres moyens, sur la guerre comme acte politique, la guerre totale, avec « l’armement du peuple » (Chapitre XXVI).

Clausewitz donnait incontestablement la préférence à l’affrontement direct, mais dans le contexte stratégique de l’époque de Napoléon, alors que la guerre était encore, et avant tout, un affrontement entre deux armées, mais déjà le facteur politique prenait de plus en plus de force.

La révolte du peuple espagnol causa la perte des armées napoléoniennes en 1808.

&

Conclusion générale

David Galula, un officier intelligent et astucieux que ses fonctions dans le renseignement ont accoutumé à un travail de « communication » des armées avant la lettre,

C’est un peu l’impression que l’on retire à la lecture de ce livre

Ma conclusion générale est qu’il d’agit beaucoup plus d’un canevas de pacification, je dirais presque d’un exercice militaire, que d’un modèle de pacification, et  encore moins d’une nouvelle théorie de la guerre !

Une goutte d’eau dans l’océan du brain-storming politico-militaire américain ?

L’intérêt que les généraux américains ont manifesté pour ce type de réflexion militaire laisse évidemment perplexe, quant à la valeur ajoutée que M.Galula a pu apporter dans le brain-storming permanent, pour ne pas dire le méli-mélo tactique et stratégique qui a agité les états-majors politiques et militaires américains pendant toute la durée du conflit vietnamien, et pour des résultats politiques et militaires proches de zéro.

A lire l’analyse historique qu’en a proposé le journaliste américain, Stanley Karnow, dans son livre « Vietnam »,  les « sommes » de matière grise américaine en tout genre consacrées par le gouvernement américain au diagnostic et à la stratégie efficace qu’il fallait mettre en œuvre, l’apport du capitaine Galula ne pouvait être que très modeste. En annexe, figurent quelques lignes de l’éclairage historique de Stanley Karnow.

L’analyse de M.Mathias a relevé toutes les imperfections d’un tel canevas proposé comme un nouveau modèle de guerre, et d’anciens officiers, acteurs de cette « guerre » pourraient également témoigner du fait que ce canevas de pacification, avec ses huit étapes, ne fonctionnait pas sur le terrain, et donc concrètement, comme le voulait la description Galula.

En revanche, le commandant Hogar a proposé un véritable « modèle » de guerre, tel qu’il l’a décrit. Ce « modèle » aurait pu fonctionner si les « axiomes » décrits et proposés avaient pu être respectés, ce qui ne fut pas le cas, pour un certain nombre de raisons qui seraient à mes yeux :

Quelle situation ?

Une analyse de la situation insuffisante : algérienne (son histoire, la présence d’une importante minorité française avec à ses côtés une majorité d’algériens privés de la citoyenneté française, le problème religieux…), française (une métropole indifférente à l’outre-mer, avec des groupes de pression favorables au dégagement,...), internationale (la guerre froide, la décolonisation avec la conférence de Bandoeng, le rôle des Etats Unis, les ingérences de la Tunisie et du Maroc, etc..).

Avec quel outil militaire ? Le contingent n’était pas fait pour mener ce type de guerre dont il ne comprenait pas les objectifs, et alors qu’il constatait de ses propres yeux, et chaque jour, que l’Algérie n’était pas la France.

Entre la plage de Tipaza, près d’Alger, Tipaza chantée par Camus, et les massifs de Petite Kabylie, il n’y avait pas photo !

Une métropole, base arrière, indifférente, et gagnée progressivement par l’idée qu’il fallait mettre un terme à cette guerre, incomprise, alors que le FLN disposait de plus en plus de soutiens extérieurs.

Une absence d’idéologie à proposer aux Algériens, susceptible de mobiliser la « population », le facteur numéro 1, comme décrit, en notre faveur,  et c’était sans doute la clé de ce conflit.

&

Et en Annexe :

Dans son livre « Vietnam », le journaliste américain Stanley Karnow, très bon connaisseur du Vietnam, a décortiqué les tenants et aboutissants des guerres successives de ce pays, française, mais avant tout américaine.

Un éclairage sur les effets d’une transfusion stratégique supposée de la théorie Galula, dans le cadre de ses relations avec les Etats Unis d’Amérique, engagés  dans la guerre du Vietnam ?

M.Mathias évoque dans sa conclusion les relations que M.Galula a entretenues avec l’état-major des forces armées américaines à Norfolk de janvier à juillet 1960, et le contact qu’il avait eu dans le passé, à Hong Kong avec le général Westmoreland :

« Ce serait ainsi à l’initiative du général Westmoreland que D.Galula aurait été invité à participer à un séminaire de la Rand sur la contre-insurrection. Ce séminaire sur la contre-insurrection est organisé par deux membres de la Rand, S.T.Hosmer et S.O.Crane, à Washington… La Rand est chargée de faire une expertise sur les différents aspects du conflit au Vietnam pour orienter les actions du gouvernement américain. La Rand fera ainsi plus tard des expertises sur l’impact des hameaux stratégiques ou l’état d’esprit des prisonniers du Vietcong pour le Pentagone. Ce séminaire de la Rand est donc une expertise sur les méthodes de contre-insurrection qui concernent neuf théâtres d’opération différents (Algérie, Chine, Grèce, Kenya, Laos, Malaisie, Oman, Sud Vietnam et Philippines… Le lieutenant-colonel Galula est ainsi le seul Français présent, ce qui peut sembler surprenant, alors même que la France a une expertise incontestable de la contre-insurrection avec les guerres d’Algérie, et dispose de nombreux théoriciens de la guerre contre-révolutionnaire. » (pages 173 et 174)

M.Mathias poursuit en citant la participation du général Lansdale, à ce séminaire, spécialiste de la guerre contre la guérilla communiste aux Philippines, et en évoquant le rôle de la fameuse Rand dans ce type de réflexion stratégique.

Et c’est à propos de l’intervention de la Rand et de celle du général Lansdale pendant la guerre du Vietnam que le témoignage de Stanley Karnow est intéressant, en ce qui concerne le personnage Lansdale, et les résultats obtenus par l’armée américaine en mettant en application les théories soutenues par la Rand en matière de contre-insurrection.

En ce qui concerne Landsdale, nous sommes en 1954, Diem est au pouvoir :

« Il y avait à l’époque un Américain ayant de l’influence sur Diem, quoique son rôle ait été exagéré tant par ses admirateurs que par ses critiques. Le colonel Edward G.Lansdale avait fait partie de l’Office of Stratégic Services pendant la Deuxième Guerre mondiale et avait ensuite aidé Ramon Magsaysay, le dirigeant philippin, à écraser la rébellion Huk, menée par les communistes. D’une douceur trompeuse, cet ancien publicitaire effacé croyait aux techniques de « guerre psychologique » Rappelant les méthodes de la publicité. Il était aussi empreint d’une sorte de bonne volonté sans artifice ignorant la dynamique profonde des mouvements révolutionnaires et semblait ne tenir aucun compte de la complexité sociale et culturelle de l’Asie. William J.Lederer et Eugène Burdickn, auteurs du Vilain Américain, le peignirent sous les traits du colonel Edwin Hillendale, qui gagnait « les cœurs et esprits » avec son harmonica. Dans Un Américain bien tranquille, Graham Greene en fit un personnage naïf, convaincu que si l’on inculquait les principes de la démocratie occidentale aux paysans vietnamiens, ils résisteraient au communisme. Landsale avait une façon de présenter les choses qui rendait tout parfaitement simple, comme dans les stages « anti-insurrectionnels » qu’il organisa des années plus tard pour les Américains. « Souvenez-vous simplement de ceci, disait-il. Les guérilleros communistes se cachent parmi le peuple. Si vous gagnez le peuple à votre cause, ils n’auront plus d’endroits où se cacher. Vous pourrez donc les trouver… et les liquider (page 126)

 .En ce qui concerne l’efficacité des études de la Rand et des initiatives de Mc Namara :

« McNamara avait été un brillant cadre supérieur d’entreprises, capable d’examiner un bilan avec une rapidité et une sûreté infaillibles. En mai 1962, quand il se rendit pour la première fois au Vietnam, il considéra les chiffres et conclut avec optimisme, quarante- huit heures seulement après son arrivée : « toutes les données quantitatives… indiquent que nous sommes en train de gagner la guerre. »

Aucun conflit dans l’histoire ne fut étudié aussi minutieusement pendant son déroulement même. Presque tous les organismes gouvernementaux de Washington fournirent tôt ou tard une étude sur le Vietnam, de même que des dizaines d’instituts de recherche privés comme la Rand Corporation ou la Stanford Research. Les auteurs de ces études comprenaient experts en armement, économistes, sociologues, spécialistes des sciences politiques, anthropologues, agronomes, biologistes, chimistes et experts en sondages. Ils étudièrent les effets des défoliants, l’impact des bombes, l’efficacité des canons ; ils parcoururent les villages, interrogèrent les paysans, les déserteurs et les prisonniers ennemis ; ils étudièrent longuement les documents communistes saisis et passèrent au crible les déclarations d’Hanoï ; enfin, ils produisirent quantité de courbes, graphiques, brochures et livres. Mais pour une raison ou pour une autre, les chiffres ne parvinrent pas à exposer correctement le problème, encore moins à fournir des solutions.

Car il manquait dans les « données quantitatives » guidant McNamara et autres gouvernants américains une dimension qualitative qu’on ne pouvait aisément traduire : il n’existait aucun moyen de mesurer la détermination des guérilleros Viêt-Cong ni de mettre sur ordinateur les craintes et les espoirs des paysans vietnamiens. » (pages 146,147)

L’analyse historique de Stanley Karnow décrit les échecs successifs de la lutte contre-insurrectionnelle des Etats Unis au Vietnam, avec leur engagement militaire de plus en plus important, et entre autres, celui des « Hameaux stratégiques » qui devaient, en isolant la population de la menace Viêt-Cong, assurer le succès de la pacification américaine.

Ces quelques citations laissent à penser que l’apport des réflexions Galula dans cet océan d’études et de propositions pour vaincre le Viêt-Cong est bien difficile à déterminer.

Jean Pierre Renaud

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 14:55

Gregor Mathias

« David Galula

Combattant, espion, maître à penser de la guerre contre-révolutionnaire »

Editions Economica

Lecture critique

&

Volet 1

Le deuxième volet sera publié dans quinze jours

 

            Les qualificatifs du titre ci-dessus, notamment le troisième, celui de « maître à penser de la guerre contre-révolutionnaire », et beaucoup d’autres, souvent élogieux, donnés au cours du livre, notamment par des Américains admirateurs de Galula, ont de quoi impressionner, intriguer, interpeller un ancien acteur de la guerre d’Algérie, lecteur aussi des écrits militaires de cette époque, sur cette même guerre, et enfin, au moins autant, ancien lecteur de Sun Tzu, de Clausewitz, de Mao Tse-Tung, de Liddell Hart, pour ne pas citer les noms de Gallieni ou de Lyautey.

            La juxtaposition des deux expressions, ici, la « contre-révolution », et dans la thèse Galula, celle de « contre-insurrection » est, dès le départ source de perplexité, mais la lecture de cette thèse est de nature à nous plonger dans une plus grande perplexité encore, quels que soient les mérites d’une analyse fouillée, exigeante, quelquefois difficile, tellement l’exposé de la  théorie de la contre-insurrection proposée par Galula soulève une multitude de questions et d’interprétations possibles, compte tenu à la fois du terrain algérien qui a été le sien, non loin de la capitale de la Grande Kabylie, Tizi Ouzou, et de la brièveté du temps de pacification qui a été aussi le sien dans le Djebel Aïssa Mimoun, 13 ou 14 mois, selon les décomptes.

            Notre lecture critique s’articulera autour de trois thèmes :

            1 – Le personnage de Galula est un mystère

            2 – La crédibilité de la théorie de la pacification, ou de la contre-insurrection initiée par Galula, avec ses huit étapes, comparée à une expérience comparable de terrain, en Petite Kabylie, sur une période plus longue de 21 mois.

            3 – La crédibilité de cette même théorie, à égalité avec les analyses remarquables d’un officier dont le nom n’est même pas cité dans l’ouvrage, Hogard, ainsi que quelques-uns de ses brillants collègues emportés par la tragédie de l’Algérie Française ?

Une crédibilité qui effacerait les analyses de la guerre proposées par Sun Tzu, Clausewitz, ou Liddell Hart, pour ne pas citer des auteurs français tels que Gambiez ou Beaufre ? Des théoriciens de la guerre auxquels Galula ne parait pas accorder d’importance !

Notre analyse ne portera pas sur la troisième partie du livre « David Galula et la contre-insurrection médiatique », pas plus que sur la cinquième « David Galula et la guerre des ondes », dont la critique du contenu est laissée aux spécialistes, sauf à faire observer que cette analyse aurait pu être rattachée à la stratégie indirecte, très insuffisamment utilisée pendant la guerre d’Algérie. Nous y reviendrons, mais sous cet angle.

L’histoire du vingtième siècle, et celle des avant et des après la deuxième guerre mondiale, des médias nazis et fascistes, de la BBC pendant cette guerre, puis de la Voix de l’Amérique pendant la guerre froide, ont, bien avant la théorie de Galula, laissé suffisamment d’enseignements et de stratégies pratiquées, dont il ne semble pas qu’elles aient retenu l’attention du capitaine dans son livre.

1

Le mystère Galula

 

            Avant son affectation en Algérie, en 1956, quelques repères !

Sorti de Saint-Cyr en 1940,  rayé des cadres par Vichy, il aurait été agent de renseignement à Tanger entre 1941 et 1943, avant d’être réintégré dans l’armée en 1943. Avec la 9ème Division d’Infanterie Coloniale, il participe en 1944 et 1945 à la campagne de France et d’Allemagne.

De 1945 à 1949, il est attaché militaire à Pékin, et c’est là sans doute qu’il puise une mine d’informations sur la guerre révolutionnaire de Mao.

1949-1950 : observateur des Nations Unies dans une Grèce bouleversée par une grave insurrection communiste.

1951- 1956 : attaché militaire au Consulat de Hong Kong, où il noue des relations précieuses avec des journalistes célèbres tels que John Alsop ou Henri Luce, et avec des membres de la représentation diplomatique américaine.

Affecté en Algérie, il dispose sans doute d’une bonne information sur les guerres révolutionnaires, mais sans avoir acquis l’expérience indochinoise de beaucoup de ses collègues avec lesquels il eut alors à collaborer, les Lacheroy ou les Trinquier, par exemple.

D’après les indications données par ce livre, il ne semble pas que l’intéressé ait jamais servi en Indochine, à la différence de la plupart de ses collègues, alors que la France ne s’est retirée d’Indochine qu’en 1956.

Dans son livre, « Orient Extrême », et à propos de la guerre d’Indochine, le grand journaliste Robert Guillain y évoque l’hécatombe des officiers :

« Sous de Lattre, la guerre consommait déjà une promotion de Saint Cyr par an. Maintenant, nous étions arrivés à trois en deux ans. En cinq mois 250 officiers avaient été tués, et à ce rythme on en serait à 800 pour l’année 1954. » (page 246)

Le capitaine Galula, électron libre en Algérie?

Beaucoup de lecteurs qui, comme moi, ont eu une assez large expérience du fonctionnement des sous-quartiers et quartiers, et des capitaines qui commandaient ces sous-quartiers, seront sans doute surpris de voir un modeste capitaine user de toutes les libertés de contact dont il est fait état dans ce livre, notamment avec des journalistes, mais aussi avec le commandement  civil ou militaire en Algérie.

« Hors hiérarchie militaire » ?

Même en considérant que cette guerre d’Algérie fut d’abord celle des sous-lieutenants, lieutenants, et capitaines !

A titre d’exemple : « Au début de l’année 1957, David Galula envoie des invitations aux journalistes pour venir voir les progrès de la pacification. » (page 108)

Invitations tout à fait étranges de la part d’un capitaine, commandant de sous-quartier !

Le « charisme » de ce capitaine dont il est fait état (page 24) ne peut suffire à expliquer cette situation exceptionnelle d’électron libre au sein de l’armée française.

Peut-être la proximité géographique de Tizi-Ouzou, lieu du commandement de cette zone militaire de Grande Kabylie, est un élément d’explication, mais sans doute insuffisant, en concurrence avec un réseau de relations, des « parrains », qui n’apparaissent pas clairement.

Le capitaine Galula a effectué de 13 à 14 mois de commandement en Grande Kabylie, au cours d’une période 1956-1957, une période plutôt courte, au cours de laquelle l’armée avait déjà largement défini les caractéristiques de la guerre qu’elle entendait mener en Algérie.

L’Algérie Française du capitaine Galula ?

Là est peut-être la clé de l’énigme Galula et de son succès auprès des Américains.

Le capitaine s’est tout d’abord engagé dans la défense de l’Algérie Française, telle que racontée, mais l’itinéraire qu’il suit après n’est pas clair, sauf qu’à la différence de beaucoup de ses collègues, en pointe intellectuelle sur les mêmes sujets de guerre contre-révolutionnaire ou de guerre psychologique, « épurés » par le gouvernement du général de Gaulle, il survit et rend des services dans une autre configuration militaire et politique.

Question : est-ce que la pléiade d’officiers, souvent brillants, nouveaux théoriciens de la guerre révolutionnaire, comme ils l’avaient dénommée, écartée de l’armée française, avait quelque chance de voir leur expertise être sollicitée par les Etats Unis ?

Il est permis d’en douter dans le contexte politique très sensible de l’époque, et c’est une interprétation que semble retenir M.Mathias.

Un électron libre avec l’éclairage du commandant Guillermaz 

Le capitaine Galula  servit en Chine, dans les années 1945-1951, sous les ordres du commandant Guillermaz qui avait alors la responsabilité des services de renseignement militaire à Pékin.

Dans son livre « Une vie pour la Chine », la commandant Guillermaz cite à plusieurs reprises le nom du capitaine, avec des commentaires élogieux.

Il raconte notamment l’expédition que fit le capitaine, en 1947, à travers une Chine bouleversée par la révolution communiste. Il fut fait prisonnier à deux reprises, eut la chance d’être libéré, et de pouvoir rejoindre le commandant Guillermaz pour effectuer, avec lui cette fois, une longue reconnaissance en Chine.

Le capitaine avait donc incontestablement l’esprit d’aventure, mais ses fonctions dans un service de renseignement, dans des conditions de discipline très différentes de la hiérarchie militaire habituelle, faite d’initiatives et de relations avec le monde extérieur, chefs de guerre, diplomates, ou journalistes, expliquent sans doute ses pratiques « dérangeantes » du commandement militaire, et la grande liberté de manœuvre qui fut la sienne en Algérie.

D’autant plus que le commandant Guillermaz, promu colonel, commanda, en 1957, au cours de la même période que celle de Galula, le 9ème Régiment d’Infanterie Coloniale à Dra El Mizan, dans la même zone géographique et militaire de Tizi- Ouzou.

Comment ne pas penser que cette forme de « cohabitation militaire » assez proche ne donna pas au capitaine un supplément de coudées franches, de relations, et de contact que celles d’un commandant « standard » de sous-quartier ?

Il conviendrait d’en savoir plus sur les contacts qui ont pu exister entre les deux officiers, mais à lire au moins un des témoignages, celui du colonel Guillermaz, sur son commandement en Algérie, il est possible de penser, qu’ils ne partageaient peut-être pas la même analyse du dossier algérien.

Le témoignage Guillermaz :

« Se posa alors la question de mon affectation. Le général Ely me demanda de retourner à Bangkok pour y prendre un poste à l’OTASE, dont les organismes militaires se mettaient peu à peu en place. Mais nommé colonel, je tenais à retourner au moins pour un temps dans la troupe et à prendre le commandement d’un régiment en Algérie. Finalement, le général Salan m’y confia le commandement du 9ème régiment d’infanterie coloniale, installé en Kabylie entre la mer, la forêt de la Mizrana et la chaine du Djurdjura, PC Bordj -Ménaïel. Le secteur, calme au nord de la route Alger-Tizi-Ouzou qui le coupait en deux, était beaucoup moins sûr dans sa partie sud où nos compagnies, installées en gros postes sur les crêtes, dominaient les maquis d’Ali Bounab, vieille zone refuge de tous les dissidents depuis la conquête romaine. Etonnantes continuités de l’histoire ! Il m’arriva à cette époque de relire Count Belizarius de Robert Graves, un de mes auteurs préférés. J’y retrouvai beaucoup de nos problèmes : Vandales et surtout Numides menant une guérilla insaisissable, difficultés de protéger les colons romains, insécurité des routes, indifférence de l’empereur de Constantinople aux demandes de renforts. Dans les deux cas la guerre devait se terminer par le renoncement de la métropole.

Personnellement, j’éprouvais estime et sympathie pour la population kabyle, laborieuse et grave, des villages et des mechtas de mon secteur, mais le monde musulman était trop loin du monde asiatique pour m’attirer vraiment. Son histoire, sa mentalité, ses habitudes, m’étaient également trop peu familières.

Je fus aussi rapidement déçu par notre politique hésitante mais dont, après l’abandon de nos protectorats sur la Tunisie et le Maroc, il était aisé de prévoir l’aboutissement. Notre prétention de mener « une guerre révolutionnaire », dont Mao Tse-Tung pouvait apparaître faussement comme l’inspirateur, me semblait absurde. Tout en empruntant à la guerre révolutionnaire quelques procédés de contrôle de la population ou d’action psychologique, nous menions au contraire, compte tenu des réalités ethniques et des aspirations des Algériens au nationalisme, une guerre contre-révolutionnaire, sans bases idéologiques ou politiques certaines. Enfin, puisque l’administration civile, aux mains d’un sous-préfet, avec lequel je m’entendais bien, m’échappait largement, il me semblait qu’elle dût se charger de toutes les missions et responsabilités non militaires y compris les moins agréables. Ce n’était pas le point de vue du général commandant la zone qui regroupait huit secteurs dont le mien. Mais, s’il avait raison, nous devions alors faire la guerre en respectant toutes les entraves légales d’un pays faussement réputé en paix et cela conduisait parfois sur le terrain à d’ubuesques absurdités. La situation devait s’améliorer un peu avec le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958, mais j’avais quitté l’Algérie et l’armée active quelques jours plus tôt, pour me consacrer totalement aux affaires chinoises dans un cadre universitaire. » (pages 268 et 269)

2

Une théorie de la contre-insurrection crédible ?

A-   La théorie

             « En l’absence de toute doctrine, D.Galula conçoit lui-même les étapes de la contre-insurrection, qu’il décrit dans son ouvrage théorique. » (page 39)

  « Les huit étapes de la contre-insurrection au Djebel Aïssa Mimoun. »

Donc, une ambition de programmation chronologique de la pacification sur un terrain plus tactique que stratégique, car il convient de rappeler qu’un sous-quartier de Grande Kabylie avait des dimensions géographiques  très modestes, celles d’un « timbre-poste ».

Notre propos reprendra succinctement les éléments de ces étapes, en indiquant après chaque étape, l’appréciation de leurs résultats qu’en a faite M.Mathias dans ses conclusions, d’étape, ou générale.

Indiquons, dès le départ, qu’il existait bien alors, une doctrine de la contre-insurrection !

Etape 1 : « concentrer suffisamment de forces », c’est-à-dire ? Car dans l’analyse Galula, le propos n’est pas clair, « il faut mouiller la population », on est loin de la doctrine stratégique ou même tactique du concept de concentration des forces militaires, alors que l’opération Jumelles (1959-1960), en Kabylie, a effectivement constitué une première phase nécessaire de concentration et d’action des forces sur celles des rebelles, avec pour but, leur destruction, ce qui a été fait.

Est-il besoin de signaler qu’en tout état de cause elle ne pouvait être conçue ou mise en œuvre qu’au niveau d’un grand commandement, au minimum d’un secteur, et mieux d’une grande zone militaire, telle que la Kabylie, et pas dans un modeste sous-quartier, ce que confirme bien l’appréciation ci-après.

Appréciation Mathias : « La première étape concernant la concentration des troupes ne dépend pas de son niveau, mais des échelons supérieurs. » (page 163)

Etape 2 : « Affecter un volume de troupes suffisant pour empêcher tout retour en force des insurgés et installer des unités dans chaque hameau »

Une deuxième étape techniquement possible, à la condition que les bandes rebelles, et leurs sanctuaires aient été anéantis, mais avec la réserve qu’avait bien relevée le colonel Nemo et sa distinction majeure entre « les postes de combat fixes et les équipes-choc… chargées des missions mobiles. », c’est-à-dire, ce que furent effectivement les « commandos-chasse » dont l’efficacité fut grande dans cette deuxième phase de pacification.

En 1956, 1957, le capitaine Galula ne disposait pas des moyens militaires nécessaires, et en tout état de cause, ce type d’organisation dépassait ses compétences.

Arrêtons- nous un instant sur le rapprochement qui est proposé par l’analyse entre le travail du capitaine et celui de Gallieni et de Lyautey, lorsqu’ils définirent et mirent en œuvre leur tactique de la « tache d’huile ».

Le commandant Hogard utilise la même expression dans un de ses articles, pourquoi pas ?  Mais en ayant bien conscience que dans le sens algérien, l’expression avait inévitablement un autre sens, tant les périodes, le terrain, le contexte, et les moyens étaient différents, qu’il s’agisse des Hautes régions du Tonkin pour Gallieni (1894), ou de Madagascar pour Lyautey (1899).

Ajoutons que si Gallieni a été dans l’obligation de traiter le facteur « indirect » de la Chine, ce ne fut pas le cas de Lyautey, et à ce point de vue, le « modèle » de pacification proposé ne tient pas assez compte de ce facteur de stratégie indirecte qui a été capital dans la guerre d’Algérie, le Maghreb, l’Egypte, le Tiers Monde, les Etats Unis et l’URSS, mais tout autant la métropole.

Pour avoir été témoin et  acteur de cette deuxième phase mise en œuvre après l’opération Jumelles dans le sous-quartier de Vieux Marché - Chemini, la dispersion des moyens de la compagnie du sous-quartier dans plusieurs postes n’a été possible qu’après l’opération Jumelles, et elle n’a pas donné de garanties suffisantes de succès dans les phases ultérieures.

Ajoutons enfin que l’idée d’occuper chaque hameau était curieuse, alors que l’armée n’a jamais été en mesure d’installer un poste dans chaque village, et que cette installation n’aurait pas apporté de solution à la pacification.

Appréciation Mathias : « Cette étape n’atteint donc pas son objectif »

Etape 3 : « Nouer des liens avec la population et contrôler ses mouvements pour briser les liens avec la guérilla »

Incontestablement, la clé du problème, mais il était nul besoin d’un Galula pour avoir cet objectif en tête, et beaucoup d’officiers avaient également cet objectif, notamment tous ceux qui avaient combattu contre le Viet – Minh, ou qui avaient, au moins, quelques notions de la guerre révolutionnaire prônée par Mao Tsé-toung.

Les « bonbons » qu’avait le colonel dans sa poche pour adoucir son contact avec la population ont évidemment de quoi nous faire sourire, mais le véritable défi que la population lançait à l’armée française, était celui de son contrôle total, c’est-à-dire inévitablement de type totalitaire, avec quel objectif, quelle idéologie, pour ne pas dire quel idéal national ?

Appréciation Mathias : « Mais M.Galula exagère son action quand il donne un bilan chiffré de son action… Cette troisième étape est pourtant un succès : Galula semble avoir réussi à rassurer la population. Sa compagnie bénéficie de l’aide et du soutien de la SAS pour aider la population. Si le contrôle de la population est réussi dans les villages, il échoue en revanche sur les contrôles des déplacements de cette population ». »

Etape 4 : « « Détruire l’organisation politique locale des insurgés. »,

 c’est-à-dire l’OPA du FLN

            Une séquence politico-militaire qui ne peut venir en séquence, après la trois ou la deux, mais concomitamment avec la 2 et la 3.

Cette étape mélange les opérations de destruction de l’OPA et une action continue de contre-propagande, mais il faut reconnaître que les actions de contre-propagande menées par l’armée n’ont jamais été très efficaces, comme le signale le capitaine, mais pour des raisons de fond que nous examinerons plus loin.

Car, comme indiqué, seule une conception de guerre totale, à tous les niveaux, et dans le cadre d’une unité de commandement stricte, était de nature à priver les insurgés de toute chance de succès, ce qui ne fut pas le cas.

En tout cas, l’idée qui conduisit un subordonné à faire blanchir les maisons de certains villages kabyles dénotait une totale méconnaissance des mœurs kabyles, en même temps que de leur habitat traditionnel pittoresque.

Appréciation Mathias : «  La quatrième étape qui consiste à détruire l’OPA est un succès initial à court terme, mais un échec à long terme. »

Etape 5 : « Organiser des élections locales pour désigner de nouveaux dirigeants provisoires »

L’analyse que fait Galula du processus administratif et politique qu’il dit avoir mis en route dans son sous-quartier est plutôt confuse entre les délégués nommés par l’administration préfectorale, puis l’élection de conseils municipaux, de même que celle des rôles respectifs du capitaine et du chef de SAS.

En revanche, la même analyse montre bien toute la difficulté qu’il y avait à trouver des interlocuteurs « valables », et encore moins ceux que le capitaine appelle les « loyalistes »

Une élection municipale ne pouvait être organisée qu’au terme d’un processus de pacification long et crédible, et en n’ayant pas l’illusion de voir élus des conseillers ou un maire de type « loyaliste », loyaliste à quelle autorité ?

Enfin, ce type d’initiative et de prise de responsabilité n’entrait pas dans la compétence d’un commandant de sous-quartier, mais dans celle d’un officier SAS.

Et il conviendra de revenir sur la problématique générale de la pacification ou de la « contre-insurrection ».

Appréciation Mathias : « La cinquième étape de désignation des nouveaux élus est clairement un échec, malgré les efforts de l’armée, de la SAS et de la préfecture. »

Etape 6 : « Tester la fiabilité des dirigeants en leur confiant des missions précises. Remplacer les mous et les incompétents, et distinguer les bons. Organiser des unités défense passive. »

Très beau programme, mais on ne voit pas pourquoi il s’inscrit dans cette chronologie, une sixième étape, alors qu’il est partie intégrante de la phase 2.

Une étape qui n’est de toute façon réalisable que dans une conception totale de la guerre contre-révolutionnaire, c’est-à-dire avec une perspective de sortie politique crédible, ce qui n’a pas été le cas en Algérie.

La citation de Galula qui aurait été faite par référence à la saga de Lawrence d’Arabie, pendant la première guerre mondiale, pour soulever les Arabes contre les Turcs, est difficile à comprendre, tant la chanson de geste de guerre, tout indirecte, de Lawrence d’Arabie, n’avait rien à voir avec la situation de la pacification en Algérie, mais soit !

Appréciation Mathias : «  La sixième étape, qui consiste à tester la fiabilité et l’efficacité des élus et à impliquer la population dans le maintien de l’ordre, est un échec. »

Etape 7 : « Regrouper les dirigeants au sein d’un mouvement politique national et les former »

National, c’est-à-dire ? Un qualificatif très ambigu, qui n’a jamais trouvé de traduction concrète, qu’il s’agisse de la fameuse troisième force toujours introuvable, ou du mythe de l’intégration défendue par les officiers de l’Algérie française.

Galula passe de son niveau local au niveau national, pour proposer quoi ? Ce n’est pas clair du tout !

Intégration contre indépendance ? Alors que l’intégration était un mythe ?

Appréciation Mathias : « La septième étape, qui consiste à former un mouvement politique national, est soutenue par D.Galula localement… Mais en raison de l’incompétence, de la passivité et du noyautage des élus locaux, ce mouvement ne peut qu’échouer à long terme avec le départ de son initiateur et en raison de l’échec de l’étape précédente. »

Cette étape n’était, de toute façon, pas du ressort d’un petit capitaine de sous-quartier !

Etape 8 : « Rallier ou neutraliser le reliquat des insurgés »,  la dernière étape d’une pacification « heureuse » ?

Appréciation Mathias : « Cette étape est donc un succès à très court terme, mais un échec à long terme, comme le montre la détérioration de la situation, après le départ de D.Galula, avec le retour de l’ALN »

Conclusion générale Mathias :

« Sur les huit étapes de la Contre-Insurrection prônées par D.Galula et appliquées au Djebel Aïssa Mimoun : une étape a un succès indéniable (la troisième étape : rassurer, aider, contrôler la population), trois autres étapes sont des succès à court terme et des échecs à long terme (les deuxième, quatrième et huitième étapes, une unité dans chaque hameau, la lutte contre l’OPA et l’ALN), deux étapes sont des échecs (les cinquième et sixième étapes : désigner et tester la fiabilité, ainsi que l’efficacité des élus), deux étapes ne relèvent pas dans sa compétence et n’ont pas une efficacité avérée (les première et septième étapes : concentrer des troupes et former un mouvement politique national). »

B – La pratique

Il convient  tout d’abord de saluer le travail d’ un historien qui a l’ambition d’analyser, de démonter, de critiquer, et donc d’évaluer, un exercice politique et militaire aussi difficile qu’une expérience de pacification pendant la guerre d’Algérie, une véritable analyse de cas militaire qui suppose d’avoir en mains tous les éléments d’information utiles et nécessaires, au niveau modeste de commandement d’un sous-quartier, et sur une période très courte.

Canevas de pacification ou théorie de la contre-insurrection ?

Pour avoir été un des  acteurs d’une expérience de pacification comparable, à Vieux Marché, en Petite Kabylie, dans les années 1959-1960, il parait possible de porter un jugement sur ce que j’appellerais plus volontiers le canevas de pacification de M.Galula, qu’une théorie de la contre-insurrection.

Il s’agit, en effet, beaucoup plus d’un canevas tactique de pacification, d’ailleurs contestable, dans l’ordre proposé de ses « huit étapes », que d’une théorie de contre-insurrection, et le fait que cette dernière ait connu un succès auprès des généraux américains ne peut que susciter étonnement et perplexité.

M.Galula a mis le doigt sur certains points sensibles de la pacification, mais dans un cadre tactique et stratégique incomplet, qui n’était pas celui de la guerre d’Algérie, car un processus  de pacification ne pouvait fonctionner de la façon décrite dans le Djebel Aïssa Mimoun.

Dans sa durée, 13 ou 14 mois d’action, en laissant croire qu’il ait été possible d’obtenir des résultats sérieux et stabilisés dans un délai aussi court ?

Avec un commandant de sous-quartier que se mêlait de tout, de la pacification militaire, des écoles, des affaires civiles qui étaient de la compétence de la SAS, notamment de tout ce qui touchait aux élections, allant jusqu’à demander à ses subordonnés d’aller assister aux conseils municipaux pour contrôler leur bon fonctionnement ? Et le capitaine aurait été capable dans un délai aussi court de mettre en place des conseils municipaux et de faire élire des maires ? Ce canevas ne s’inscrit pas suffisamment dans un cadre chronologique rigoureux et précis.

Et le canevas Galula mélange les niveaux de compétence entre un modeste échelon de sous-quartier et les échelons supérieurs du commandement civil et militaire, notamment en esquissant une réponse politique dans l’étape 8, celle du mouvement politique national.

Une question qu’il conviendra d’aborder plus loin.

La situation politique et militaire ?

La tout première séquence (étape 1) aurait dû porter sur l’analyse de la situation du sous-quartier, générale et militaire, l’état des forces dans le secteur, et hors des limites géographiques étroites d’un sous-quartier, nature et rapport entre forces rebelles et forces armées, en notant que notre armée n’était pas adaptée à ce type de guerre plus nationale que révolutionnaire, et que les soldats du contingent qui débarquaient dans le bled ,dans le djebel , n’avaient pas besoin de dessin pour réaliser aussitôt que l’Algérie n’était pas la France.

Les vrais théoriciens de la guerre sont d’ailleurs tous partis d’une analyse de la situation.

Comment penser qu’un canevas de pacification tiré d’une expérience limitée, à tous points de vue, puisse être représentative de la pacification en général, alors que les situations algériennes n’avaient souvent guère de points communs, entre les côtes vivant à la française, leurs villes, en contraste avec le bled et le djebel, entre incontestablement, des douars encore attachés à la France et d’autres passés dans le camp rebelle, comme c’était le cas dans le douar des Béni Oughlis, à Vieux Marché - Chemini.

Dans quelle chronologie efficace ?

La chronologie des étapes de la pacification ne pouvait guère être différente du schéma suivant,  qui a assez bien fonctionné concrètement, dans le sous-quartier de Chemini, sauf à remarquer que le cadre stratégique de ce schéma n’a jamais bien fonctionné, indépendance contre intégration, avec toute l’ambigüité du mythe de l’Algérie Française.

Nous verrons d’ailleurs plus loin que les théoriciens de la guerre révolutionnaire, notamment le commandant Hogard, mettaient en avant, comme conditions de réussite, la volonté (voir Clausewitz), la destruction des forces ennemies, et une action intégrée et combinée de toutes les autres actions de pacification qui avaient pour but de reprendre en mains la population, de lui redonner confiance, le facteur numéro 1 de réussite, donc la population, la population...

Une fois examinée la situation (étape 1), l’étape 2 : concentration des forces, c’est-à-dire une opération Jumelles, comme ce fut le cas en Kabylie, une grande opération de type stratégique et tactique durant le temps qu’il fallait, afin de détruire les katibas de la willaya 3, ainsi que leurs bases refuges, telle celle de la forêt d’Akfadou. Cette étape n’était évidemment pas du ressort d’un sous-quartier.

Etape 3, objectif : la population, grâce à une action à la fois militaire et civile de pacification (comme l’indiquait Hogard) : militaire avec un processus minimum de dispersion dans quelques postes clé, la destruction des restes des forces rebelles grâce à des commandos-chasse, et parallèlement la destruction de l’OPA des villages ; civile, avec la scolarisation, l’action médico-sociale, les travaux de reconstruction, la mise en place de délégués spéciaux des communes, et enfin, l’élection de conseils municipaux, avec effectivement tout le problème de la fiabilité de ses membres.

Car cette élection ne réglait rien à partir du moment où la France hésitait entre plusieurs politiques, notamment entre l’indépendance et l’intégration.

De Gaulle, en proposant aux Algériens le choix de l’autodétermination a ouvert un boulevard aux partisans de l’indépendance, étant donné que la France n’a jamais été en mesure de susciter une véritable troisième force algérienne, et convaincu les Algériens du sérieux du choix de l’intégration.

Ce type de débat concret et théorique fait ressortir plusieurs points que la doctrine révolutionnaire, notamment celle de Mao Tsé-toung, avait mis en valeur, le contrôle de la population, sans avoir peur de sa dimension totalitaire, mais en proposant un mythe révolutionnaire à réaliser, bien avant Galula, et alors que ce dernier avait pu se familiariser avec cette doctrine lors de ses séjours en Chine.

Le déroulement des nouveaux conflits révolutionnaires a fait également apparaître toute l’importance des opérations de stratégie indirecte telles que décrites dans les œuvres de Liddell Hart, la victoire ne pouvant procéder que de l’annihilation des forces étrangères qui soutenaient la rébellion. Est-ce que le Viet Minh aurait pu gagner la population à sa cause, sans l’appui de la Chine et de l’URSS ? Et dans le cas de l’Algérie, la Tunisie et le Maroc ont apporté un appui précieux à la cause du FLN.

Or dans les enjeux limités de la pacification décrite par Galula peu de facteurs dépendaient du capitaine, commandant de sous-quartier, et beaucoup du commandement supérieur, civil et surtout militaire d’alors, et en définitive du gouvernement français.

Tout cela dépassait très largement le champ d’une tentative de pacification très localisée, intéressante, mais très insuffisante, tant en termes de processus, de contenu, et donc de portée tactique et stratégique.

Jean Pierre Renaud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 18:31

Le Qatar, impérialisme de l’Orient ?

Jeu stratégique du « A qui perd gagne ! » ? Entre Orient et Occident ?

La France, partie prenante dans le « grand jeu » entre sunnites et chiites ?

Ou enfin, et plus simplement, un jeu de « grenouilles » ?

Avec mes remerciements à mon vieil et fidèle ami M.A pour sa lecture critique éclairée.

 Le Qatar entre sur la scène publique

            Une curiosité de l’opinion publique française, nouvelle, à l’endroit des initiatives de l’Emirat du Qatar, à l’endroit d’un nouvel impérialisme qui ne dirait pas son nom ?

            Au fur et à mesure des années, et des initiatives que prend le Qatar sur le plan national et international, l’opinion publique commence à connaître le petit émirat du Qatar, en tout cas dans sa « face » extérieure, médiatique.

            Le Qatar a suscité un premier mouvement de curiosité lorsque  sa candidature fut retenue pour la Coupe du Monde de Football de 2022, avec la surprise de voir un petit pays du Golfe Persique se porter candidat pour cette manifestation mondiale !

Un territoire à peine plus grand que la Corse, mais, il est vrai, gorgé de gaz et de dollars, « pour le moment » !

            Plus récemment, et au cours des derniers mois, le Qatar a  fait la une des journaux avec une succession d’investissements et de prises de participation dans de grandes sociétés françaises, notamment au PSG, le club de football de Paris, ou chez Lagardère.

            Et chaque jour, ou presque, l’acquisition par le Qatar d’un des plus beaux immeubles de la capitale.

Quelques titres de journaux :

 « L’intrigant intérêt du Qatar pour Lagardère » (Les Echos du 20/03/12)

« Notre ami l’émir » (Le Monde du 22/03/12) « …La France apporte son poids sur la scène internationale, l’Emirat ses leviers régionaux et son carnet de chèques.. »

« Le fonds souverain du Qatar de plus en plus offensif dans ses investissements » (Les Echos des 23,24/03/12) : 12,8% du capital de Lagardère, 5,5% de Vinci, 5% de Veolia, 2% de Total et 1% de LVMH.

Certains dirigeants sont inquiets de cette « intrusion » : « Canal Plus face à la menace Al-Jazira » (Les Echos du 2/04/12),mais d’autres, tels que le Président de la Ligue de football professionnel, se félicitent, au contraire, de la même « intrusion » , en concluant que grâce aux gros sous espérés d’Al Jazira, Ligue et Al Jazira font faire du « gagnant-gagnant » (voir son plaidoyer dans les Echos du 21/05/12, sous le titre «  Au secours, le Qatar débarque »)

« Avec le 52, avenue des Champs Elysées, le Qatar ajoute une adresse de prestige à son portefeuille immobilier parisien » ( Les Echos du 6/06/12)

Encore tout dernièrement, les achats d’immeubles de luxe ou d’hôtels à Paris ou sur la Côte d’Azur :

Le Parisien du 23 juin 2012, en première page « Ce que le Qatar vient chercher en France », et en pages 2 et 3, « Pour le Qatar, la France reste une terre de prédilection », « Total, liens historiques », investissements, rapports politiques, etc…

Notons au passage que le qualificatif « historique » attribué par un ancien diplomate n’est pas tout à fait approprié, étant donné que cette « histoire » n’a commencé qu’en 1990.

En novembre 5th 2011, the Economist publiait un article sous le titre :

« Pygmy with the punch of a giant »

Les enjeux de cette entrée en scène

Le Canard Enchainé du 4 avril 2012 pose le problème sous un tout autre angle, que nous adoptons pour notre analyse du sujet :

« Le Qatar et la manière de coloniser

Les milliards investis en France par l’émirat hypnotisent notre classe politique. Anciens ministres, élus, capitaines d’industrie se ruent dans le Golfe pour causer religion, justice fromage de chèvre et… business. »

Le Canard Enchainé a-t-il raison de placer le débat sur le terrain de la colonisation, nous dirions-nous, tout simplement de l’impérialisme ?

De même que Les Echos du 19 juillet 2012, et à propos de l’achat d’un nouveau joueur au Paris-Saint Germain, un article intitulé : « Ibrahimovic pourrait coûter au moins 250 millions d’euros au Paris-Saint Germain », avec un deuxième article dont le titre est une forme de commentaire :

« Le sport est l’un des supports de la stratégie d’influence planétaire du Qatar »

Les deux journaux en question posent donc la vraie question : s’agit-il d’une nouvelle forme de l’impérialisme moderne, dont on avait l’habitude d’attribuer la seule paternité à l’Occident ?

Un nouvel impérialisme venu de l’Orient ? Prenant, en quelque sorte, à revers, la thèse, incontestablement brillante, qu’a défendue Edward W. Said dans son livre « Culture et Impérialisme » ?

En concurrence avec d’autres thèses privilégiant notamment la puissance des technologiesdont a disposé l’Occident à partir du milieu du dix-neuvième siècle, vapeur, électricité, armement à tir rapide, télégraphie, ou quinine, des thèses qui ont plutôt notre faveur en ce qui concerne l’impérialisme de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle.

Le jeu impérial du Qatar

Tel peut être l’enjeu d’une réflexion sur le nouveau jeu impérial du Qatar !

Le cas de cet émirat illustre-t-il un renversement des facteurs de domination tel qu’il puisse exprimer et réaliser une nouvelle forme d’impérialisme, venue cette fois, et à nouveau, de l’Orient, longtemps après, par exemple celui d’ l’Empire Ottoman ?

Réalisant une fusion réussie entre la religion, la culture, le sport, les médias, les technologies les plus modernes, au moyen de ses pétrodollars, de la chaîne télévisée Al Jazira, ou de ses nombreux investissements à l’étranger ?

Une forme aussi réussie d’impérialisme que toutes les formes antérieures des impérialismes que l’histoire du monde a connus, avec leur caractéristique essentielle de domination.

La forme impériale du Qatar et l’analyse Said ?

Dans la lecture, l’analyse, et la critique, que nous avons proposée du livre de M.Said « Culture et Impérialisme » (1), le concept central d’une « structure d’attitudes et de références », et aussi « d’affinités » apparaissait à ses yeux comme la clé de l’interprétation et de la compréhension du fonctionnement de l’impérialisme occidental, un concept qui le sous-tendait et l’expliquait.

Cette thèse reposait sur l’analyse de très nombreuses œuvres littéraires publiées au dix-neuvième et vingtième siècle, allant du « Mansfield Park » de Jane Austen à « La Peste » ou à « L’étranger » de Camus, ou à « Les damnés de la terre » de Frantz Fanon.

D’après cet auteur, l’’ensemble de ces œuvres était porteur du message de l’impérialisme occidental, une « structure d’attitudes et de références » qui formatait et justifiait cet impérialisme, et qui, toujours, minorait la culture de l’Orient.

L’état d’esprit d’un Occident dominateur et sûr de lui, de ses valeurs, de son pluralisme, de son libéralisme, de ses libertés de pensée et d’action, de son esprit d’entreprise, mais au moins autant de son esprit critique, à la source de sa créativité technologique et de ses conquêtes impériales.

Nous avons relevé que ce concept, pour séduisant qu’il fut, souffrait d’au moins deux faiblesses, son manque de cohérence historique entre les œuvres culturelles analysées et citées sur les deux siècles considérés, d’une part, et, d’autre part, son défaut d’identification susceptible d’être évaluée à la fois dans ses éléments et dans ses effets.

 Edward W.Said ne propose jamais une évaluation historique pertinente, quantitative, des éléments de sa thèse impériale, et nous restons donc dans le domaine de la théorie des idées, séduisante, mais pas nécessairement dans celui de l’histoire réelle.

Alors que dans le cas du Qatar, le concept de « structure d’attitudes et de références » est susceptible, semble-t-il, de recevoir un contenu historique très concret, mesurable.

Le concept de jeu impérial du Qatar peut faire sursauter certains observateurs qui seraient plutôt prêts plutôt à épingler un comportement de « nouveau riche ». C’est à qui aura le plus grand aéroport, la plus haute tour, le plus beau musée… ! Sans qu’apparemment le mouvement Al Quaïda n’y trouve rien à condamner…

Une puissance d’Etat incontestable, oui, mais plutôt celle d’une famille régnante, avec une minorité d’autochtones et beaucoup de travailleurs étrangers. 

       Sous la houlette d’un émir, un Etat unitaire et centralisé, de type islamique, appliquant la charia, animateur et soutien de la propagation de l’Islam dans le monde entier, disposant de moyens considérables, les pétrodollars, pour développer son influence à l’étranger, grâce à sa chaine de télévision Al Jazira, de type CNN, c’est-à-dire une diffusion de l’information en continu dans le monde arabe, mais aussi grâce à ses investissements dans le capitalisme mondial.

Un puissant cocktail de moyens de puissance et d’influence sachant mêler et associer le matériel et l’immatériel, les investissements lourds et le culturel, la religion et le sport…

Tous les ingrédients donc d’un nouvel impérialisme moderne utilisant au mieux les technologies d’influence les plus efficaces !

Mais comment ne pas souligner en parallèle que les talibans savent également utiliser les mêmes technologies, dans leur ordre de la révolution islamique.

Le Qatar met en œuvre, avec une très grande habileté, tous les outils des nouvelles puissances, en choisissant des cibles financières et économiques qui démultiplient son influence, notamment dans le sport, la culture,  et l’information, mais en développant une stratégie religieuse subtile qui a le mérite de doubler le plus souvent son influence civile.

Et le même Qatar ne s’est pas privé d’intervenir directement ou indirectement dans la solution des crises récentes du monde musulman et arabe, dernièrement en Libye, et aujourd’hui en Syrie.

Et c’est sans doute cette cohérence politique et religieuse qui donne sa forme et sa force à cette nouvelle influence impériale, surtout dans le monde musulman.

Le Qatar soutient, jusqu’à preuve du contraire, un Islam, beaucoup moins rigoureux que celui de l’Arabie Saoudite, un Islam qui tend à faire la part de la modernité, et c’est en cela que son influence est intéressante, car elle semble apporter une réponse au débat qui oppose souvent une majorité de musulmans traditionnalistes, comme le sont aussi nos « intégristes », et les musulmans  pragmatiques.

Entre Qatar et France, un échange de stratégies indirectes ?

Curieusement, l’influence du Qatar trouve un appui « mondain » auprès d’une partie de notre élite politico-économique, sans que l’on sache toutefois si ce soutien est fondé sur une véritable analyse de stratégie indirecte, seule praticable par le Qatar et par la France.

Sans vouloir encombrer ce débat, indiquons simplement que la stratégie indirecte, telle qu’elle a été définie à l’origine par Sun Tzu, et remise au goût du jour par Liddell Hart, consiste à imposer sa « volonté » à un « adversaire », en utilisant tout un ensemble de stratagèmes pour triompher, pour prendre intact « tout ce qui est sous le Ciel », en mettant l’accent sur la psychologie, la volonté, l’esprit.

Cette stratégie implique la mise en œuvre d’approches indirectes de toute nature, de détours stratégiques efficaces pour endormir ou apaiser l’adversaire ou le partenaire, et au résultat, imposer sa volonté.

Simple petit rappel ! A la différence de Clausewitz qui prônait lui l’affrontement direct, et en quelque sorte la mise à mort de l’adversaire !

Il n’est pas interdit de se poser la question, à la fois de l’existence d’un tel schéma stratégique réciproque, et s’il existait, de son importance réelle dans les relations internationales, de sa place dans l’échelle des puissances mondiales.

Un article récent du Monde (24/08/12, page 4) viendrait illustrer ce type de stratégie pour la Syrie :

« La France coordonne avec la Qatar son aide à la rébellion »

Soit dit en passant, entre Sarkozy et Hollande, donc rien de changé !

De mauvais esprits relèveraient peut-être aussi que les deux acteurs auraient pris les habits de la fable connue, l’un,  la France, une « grenouille » qui n’a plus envie ou qui n’a plus les moyens de se gonfler, et l’autre « grenouille » qui se dégonflerait vite, s’il y avait un « printemps arabe », si les Etats Unis quittaient la plus importante base de la région qu’ils ont dans cet émirat, si la Chine trouvait du gaz de schiste ou n’achetait plus le gaz du Qatar ,etc…

Car il ne faut pas exagérer l’influence de cet émirat, pas plus que celle de la France du XXIème siècle, même s’il dispose d’un fonds d’investissement de plus de cent milliards de dollars, d’une tirelire confortable de pétrole, et d’une chaine d’information continue, Al Jazira.

L’audience de cette chaine, même si elle fait concurrence à notre chaine France 24, plutôt modeste, avec 3,4% d’audience internationale, est très loin derrière les grandes chaines mondiales, CNN International, avec 18% ; Skynews (16,8%), Euronews (14,2%) , ou BBC World New (13,1%).

Son intérêt est ailleurs, c’est-à-dire la cible de son public arabe et musulman.

            En 1953, les Editions du Seuil (Esprit) présentaient ainsi le livre de F.W.Fernau « Le Réveil du Monde Musulman » :

            «… Un monde que travaillent deux « réformes », l’une religieuse qui purifie l’islam par un retour aux sources – l’autre politique, qui vise au contraire à la laïciser, à la moderniser… des nations qui cherchent leur voie, à travers les pressions étrangères et les secousses intérieures. Et l’Islam, ne l’oublions pas est le plus riche réservoir du pétrole. »

            Cette analyse est un peu dépassée car la deuxième réforme a disparu des écrans, vraisemblablement avec la guerre des Six Jours de 1967, et laissé toute la place à l’expansion de l’Islam, avec la poussée d’une religion souvent conquérante.

            Le Qatar est un bon exemple de cette problématique ancienne, toujours d’actualité, étant donné qu’il se trouve à la frontière de ces deux mouvements, purisme religieux d’un côté, et tentative de modernité de l’islam de l’autre.

            En conclusion, chacune des deux parties, la France et le Qatar, a un intérêt à entretenir des stratégies indirectes d’influence, une sorte de « soft power », pour autant qu’elle existe au Qatar, et dans notre pays, car les deux partenaires paraissent avoir  à cœur de promouvoir une cohabitation apaisée entre un Orient islamique en pleine renaissance et un Occident laïc et démocratique de plus en plus contesté, mais il ne conviendrait pas d’exagérer l’influence respective des deux puissances en question, l’une ancienne et déclinante, et l’autre jeune, en montée de puissance, mais aux pieds fragiles.

Seul l’avenir dira qui sera le gagnant de ce jeu stratégique du « A qui perd gagne » ! Pour autant qu’il existe ! Pour la France du XXIème siècle !

Dans l’état actuel des forces respectives des deux partenaires, entre un Qatar décidé et offensif, et une France ouverte à tous les vents du large, les paris ne peuvent qu’être très ouverts.

Mais comment ne pas remarquer enfin que les groupes de pression influents de la défense des droits de l’homme dans notre pays restent bien discrets sur le sujet, lorsqu’il s’agit de nos relations avec ce pays, et noter que dans ce nouveau « Grand Jeu » stratégique,  la France se trouve partie prenante dans la confrontation entre le sunnisme, dont le Qatar est un des défenseurs et promoteurs, et le chiisme ?

Une tout autre sorte de « Grand Jeu » que celui décrit par Kipling dans le très beau roman de « Kim », dans l’Inde des Anglais !

Jean Pierre Renaud

(1)  Sur ce blog ma lecture critique du livre « Culture et Impérialisme » les 13/07/11, 7/10/11, 19/10/11, 7/11/12, et 1/12/11.

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 11:56

Quelles stratégies pour l’élection présidentielle 2012 ?

Le direct ou l’indirect ?

 

            Et puisque les partis politiques et tout autant les médias ne pensent plus qu’à ça, esquissons quelques réflexions sur la problématique des stratégies des candidats à cette élection.

            Il faut d’abord revenir aux enseignements de la stratégie militaire, ceux des Sun Tzu, Clausewitz, et Liddell Hart, pour ne citer que les principaux.

Deux adversaires positionnent leurs forces sur une ligne d’attente, et tentent de l’emporter, soit à la suite d’un affrontement direct, une bataille d’extermination, soit à la suite d’une manœuvre indirecte de contournement qui démoralise l’ennemi, précisément en dehors de cette ligne d’attente, là où l’adversaire est faible.

Les occidentaux ont très souvent mis en œuvre des stratégies de guerre directe,  alors que les Asiatiques (fidèles aux enseignements de Sun Tzu) ont très souvent donné la préférence au détour, au leurre, à l’usure, à la démoralisation.

En Occident, les Anglais ont incontestablement été des familiers des stratégies indirectes.

Dans son livre « Carnage et Culture », Victor Davis Hanson a proposé des analyses très intéressantes, et fort bien documentées, sur le penchant qu’on toujours eu les civilisations occidentales pour l’affrontement direct, en face.

Que faut-il en tirer dans le cas d’une élection présidentielle ?

Cette élection se joue sur une ligne d’attente entre un candidat et les électeurs, et tout le problème d’un candidat ou d’une candidate va être de savoir à quel moment il faut sortir de sa propre ligne d’attente, c’est-à-dire être candidat, et donc en position d’affronter concurrents de droite ou de gauche (à la condition  d’avoir un projet politique).

Tant qu’un candidat potentiel ne s’est pas porté candidat officiel, il bénéficie d’une sorte de protection indirecte : on le ménage, on ne le craint pas, on essaie de le faire sortir du bois.

Mais à un moment donné, le candidat, non déclaré, qui a des chances de l’emporter, est dans l’obligation d’afficher son ambition, et tout change alors dans le positionnement des forces sociales, culturelles et politiques, amies, ennemies, ou neutres.

Il est donc évident que dans ce jeu stratégique les chances des différents candidats sont inégales et que ceux qui ont découvert leur jeu très tôt, souvent les seconds couteaux, ont peu de chances d’aller jusqu’au bout, à la fois par insuffisance de notoriété et par usure prématurée de leurs forces, tant ils ont été les premiers à subir l’épreuve du feu, c’est-à-dire du direct.

La stratégie politique indirecte n’intéresse donc véritablement que les poids lourds de la politique, ceux qui peuvent prendre le temps de déclarer leur candidature, et donc de passer à l’action directe au moment qu’ils estiment être le plus opportun, le plus efficace politiquement.

Dans l’histoire électorale récente, Giscard en 1981, et Balladur, en 1995, bons candidats de l’indirect, ont laissé échapper leur chance de réussite, en tardant à passer à la confrontation directe, car à un moment donné, il faut passer au direct.

Mais me direz-vous, Présidents ou Premiers Ministres sortants et candidats, peuvent éviter de passer au direct le plus longtemps possible, si le camp de leurs adversaires est très divisé, et c’est vrai !

Et dans ce grand jeu du direct et de l’indirect, toute la question est de savoir quel poids peut avoir le programme politique par rapport au poids du candidat, à son capital image, compte tenu de la difficulté qu’il y a aujourd’hui à définir un programme dit de gauche ou dit de droite, d’où le risque de donner une prime indirecte aux hommes ou aux femmes, et donc, non aux idées.

Et en ce qui concerne l’élection présidentielle 2012, elle risque bien de se jouer par le détour de la mondialisation, entre FMI et G20, si l’« imam caché » auquel rêvent certains socialistes, décidait de se présenter à cette élection.

La situation stratégique politique actuelle parait être très volatile, aussi bien sur le plan national qu’international, et dans son état actuel, elle préfigurerait des recompositions politiques attendues ou inattendues.

Jean Pierre Renaud

Ce type d’analyse avait été effectué dans un essai qui avait intéressé le général Gambiez, publié sous le titre « Chemins Obliques ou Stratégies Indirectes » Editions JPR- 1998

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