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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 15:49

2ème Partie

Courbet, Péguy, et l’orientalisme intellectuel de l’époque ? Mode superficielle ou vraie culture orientaliste ?

Un discours qui révèle une France profonde qui n’avait rien de coloniale.

Un Courbet bien loin des Ferry, Freycinet, Rouvier, Hanotaux, Lebon, ou Etienne !

&

Et pourquoi ne pas vous avouer que j’éprouve une certaine faiblesse pour ce grand peintre de mon « pays » ?

 

            Dans l’œuvre « Clio », Péguy cite un épisode tout à fait intéressant de la vie de Courbet à l’occasion de la visite que lui rend un jeune peintre ravi de pouvoir lui montrer ses œuvres.

Courbet, peintre d’origine franc-comtoise, attaché à sa terre natale de la vallée d’Ornans, a alors 58 ans.

Péguy fait s’entretenir Clio et Courbet :

« Nous nous quitterons sur des mots, dit-elle. C’est plus court. Et c’est plus mélancolique, parce que c’est gai. Et rien n’est aussi profond que l’incision d’un mot.

Le premier mot, dit-elle, est un mot admirable de Courbet. Pas l’amiral, (qui fut un admirable homme de guerre), le peintre. Enfin, oui, celui d’Ornans, l’enterrement, la Commune, la colonne. Vous tenez ce mot de Vuillaume, qui vous le dit hier à déjeuner. Il ne faut pas le laisser refroidir à demain. Vuillaume avait bien raison d’y voir un grand mot. C’est un mot qui porte sur tout.

Courbet donc était déjà célèbre, un jeune homme vint le voir, un jeune homme qui faisait aussi de la peinture. Il lui montra ce qu’il avait fait. – C’est bien, disait Courbet, c’est bien.

Les maîtres trouvent toujours que c’est bien, ce que l’on fait. (Il n’y a qu’un maître en peinture qui dit la vérité, et ce n’est pas Courbet) Le maître regarde. Mais ce qu’il se demande, ce n’est pas si ce qu’on lui apporte est bon, si ce morceau qu’on lui montre c’est bon. Le maître regarde en dedans et se demande anxieusement si ce qu’il a en train, lui le maître ; si ce morceau qu’il veut faire aujourd’hui, lui le maître, sera bon. Et plus le maître est vieux et plus le maître est grand, plus il a derrière lui de chefs d’œuvres accumulés, plus il se demande avec anxiété si ce n’est pas aujourd’hui qu’il fera faillite. Ce matin même, tout à l’heure.

La cérémonie faite, l’autre rempliait ses papiers. Le vieux Courbet lui disait par politesse (quand je dis vieux, dit-elle, il n’avait toujours pas plus de cinquante- huit ans, puisque c’est à cinquante-huit ans que l’on dit qu’il est mort), le vieux lui demandait, comme on demande toujours : Eh bien, qu’est-ce que vous allez faire à présent ? L’autre lui répondit, comme on répond toujours : Eh bien j’ai un peu d’argent devant moi. J’ai fait des économies. J’ai un peu de temps. Je vais aller en Orient.

A ce mot d’Orient, le vieux peintre se réveille, tout d’un coup, on ne sait pas pourquoi. C’était une brute, vous le savez, un homme sans aucune culture, il ne savait rien de rien (On dit seulement qu’il savait peindre). A ce mot d’Orient tout à coup il se réveilla, il redevint présent. Il était là lui Courbet, oubliant la politesse, oubliant l’indifférence ; il vit ce petit jeune homme ; il ouvrit un œil tout rond, un  œil de peintre, et de son gros accent franc-comtois : Ah ! (dit-il comme revenant de très loin) Ah ! Vous allez dans les Orients, (il disait les Orients, il était tout peuple, il disait les Orients comme on disait les îles, les Indes ; il parlait comme dans Manon Lescaut, et il avait tellement raison de dire les Orients). - Ah, vous allez dans les Orients, dit-il. Vous n’avez donc pas de pays.

Il faut entendre ce mot, dit-elle, comme il a été dit. Nullement comme un mot. Il en était à cent lieues. Nullement pour avoir de la portée. Encore moins pour faire de l’effet. Il faut le prendre comme un mot innocent, dit-elle, et c’est ce qui lui donne une portée incalculable.

Nous tous, mes enfants, dit-elle, nous modernes ; nous tous nous allons dans les Orients ; et nous tous sommes ceux qui n’ont point de pays. Et doublement nous allons dans les Orients. Et doublement nous n’avons pas de pays. Car il n’y a pas seulement les pays locaux, il y aussi les pays temporels. Il n’y a pas seulement les pays géographiques, il y aussi les pays historiques. Et il y a peut- être même plus encore les pays historiques, les zones historiques, les climats historiques. Quand je vois ces jeunes gens partir vers les Orients de l’archéologie, je suis comme l’autre, j’ai toujours envie de leur dire, à présent : Vous n’avez donc pas de pays ?

C’est-à-dire vous n’avez donc pas un endroit dans le temps, (De quel endroit que tu es, disaient les anciens aux conscrits), un lieu dans le temps pour ainsi dire, un temps où vous situer, un temps où vous soyez homme, citoyen, soldat, père, électeur, contribuable, auteur, toutes les inévitables, toutes les irréparables, toutes les sacrées sottises. » (page 222)

Les caractères gras sont de ma responsabilité.

Jean Pierre Renaud

 

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