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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 14:06

Les trésors d’art de la Cour de Behanzin

Dahomey 1894 (Bénin)

En réponse à la chronique du journal Le Monde des 31 juillet et 1er août 2016 (page 22) intitulée :

« Et si l’on rendait à l’Afrique son patrimoine ? »

Par Serge Michel

Et pourquoi ne rendrait-on pas à l’Afrique son patrimoine ?

Une nouvelle mission pour le CRAN ?

 

         Le journal a publié une série de 6 chroniques sous le titre général

               « Un art victime du mépris raciste »

         La première chronique avait pour intitulé :

           La ruée vers l’art 1/6 « Le Monde revisite l’histoire des artistes et des œuvres issus du continent africain. Au commencement, l’art « nègre ».

         Le contenu de la sixième  chronique, intitulée comme indiquée plus haut,  était précédé du commentaire ci-après :

        « La ruée vers l’art 6/6 Récupérer les œuvres africaines dispersées dans le monde entier est un casse-tête, tant les résistances sont nombreuses. Le Bénin a formulé une demande officielle de restitution auprès de la France. »

         Cette chronique fait le point de la situation en prenant l’exemple du Bénin et des objets d’art africain dont la France s’est saisie lors de la prise d’Abomey et de la destitution du roi Béhanzin en 1894.

          Pourquoi pas ? Mais il faut aller plus loin dans la réflexion sur un sujet aussi passionnant pour tous ceux qui n’ont jamais caché leur admiration pour l’art africain en général et les trésors de la Cour d’Abomey en particulier.

              La chronique en question fait le constat des grandes difficultés que le Bénin rencontre déjà pour sauvegarder son patrimoine, face aux moyens que détient de nos jours le musée du Quai Branly pour le préserver, et en faire bénéficier la clientèle internationale (africaine y compris) qui fréquente ce musée.

             Le journal fait un sort à l’opinion du président actuel du CRAN, le Conseil Représentatif des Associations Noires dont le combat porte sur la discrimination, et sur les réparations à verser aux peuples ravagés par l’esclavage.

            Le cas du Bénin est incontestablement emblématique.

           Comment proposer une comparaison historique comme celle qui suit ?

          « Vous imaginez si les Français devaient aller en Allemagne pour voir les reliques de Saint Denis ou le sceptre de Charles VI ? »

           Béhanzin fut un roi esclavagiste et sanguinaire, et ses rois voisins furent bien contents de le voir défait, tant ils souffraient des razzias d’esclaves et des sacrifices humains qu’il pratiquait sur leurs sujets.

          L’article évoque justement le travail de collecte d’objets de Mme Zinsou, et notamment des « jarres en cuivre qui servaient à recueillir le sang des sacrifiés de la cour d’Abomey ».

        Ah ! Bon ! A la Cour de Béhanzin, à la fin du dix-neuvième siècle, on pratiquait encore  des sacrifices humains d’Africains razziés dans les royaumes voisins ?

        Il est à peu près certain que la planète entière  serait privée du plaisir d’admirer les belles pièces de l’art africain si elles ne s’étaient pas retrouvées d’une façon ou d’une autre dans les collections occidentales, et il est possible de se poser la question - à lire cette chronique – de savoir si le patrimoine concerné aurait des chances de résister à toutes les menaces qui pèsent sur sa sauvegarde.

         La chronique décrit l’état lamentable du musée d’Abomey et sa faible fréquentation, et les associations noires devraient se féliciter de voir préservée une partie de leur patrimoine du passé, tout en notant, à titre de consolation sans doute, que le Musée de la Cité de l’Immigration, ne fait pas beaucoup mieux dans sa fréquentation parisienne, en dépit des petits flux de visiteurs qui lui viennent du monde scolaire.

        Faute de mécènes pour remettre à flot ce musée, il est clair que le CRAN aura peut-être de la peine à demander des réparations aux descendants d’un roi esclavagiste qui a saccagé et dépouillé ses royaumes voisins, afin de remettre à l’honneur les trésors du personnage royal en question.

        Mais après tout, si les citoyens du Bénin, par une délibération unanime de leur Assemblée Nationale, exprimaient leur désir de les voir faire retour, vers leurs terres d’origine, pourquoi ne pas leur donner satisfaction ?

         Pourquoi ne pas enfin clore cette petite réflexion en évoquant le risque que certaines associations noires mesurent peut-être plus que d’autres, c’est-à-dire replacer des objets que nous classons dans l’art, - tel la statue du dieu de la guerre Gou -, mais dont certains n’ont pas perdu leur signification religieuse et magique, dans le contexte d’origine des nombreuses divinités qui habitaient le monde dahoméen de l’époque, divinités d’un monde invisible qui n’a peut-être pas perdu de son influence bénéfique ou maléfique ?

         Est-ce que des spécialistes du sujet ne conseilleraient-ils pas de vérifier que certaines des pièces d’art religieux dont le CRAN porte la revendication, une fois de retour dans leur région d’origine, ne seraient pas à nouveau l’objet de tentatives de maraboutages ou d’envoûtements ?

Jean Pierre Renaud

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