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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 15:44

« Français et Africains ? »

« Frederick Cooper »

&

Les situations coloniales avec les témoignages

6 a

Le témoignage Delafosse : les « humanistes » et  la bombe d’Indochine !

 

            Premier témoignage, celui de l’Africaniste Maurice Delafosse :

 

               A titre d’illustration de la problématique coloniale posée en 1945, celle des « premières fissures » et celle de la citoyenneté politique et sociale, plusieurs textes sont proposés, le premier de l’africaniste Delafosse, aujourd’hui un peu décrié par certains spécialistes, deux autres rédigés par Sœur Marie André du Sacré Cœur « La condition humaine en Afrique Noire » (Grasset 1953) et par Gaston Bouthoul dans son livre « La surpopulation » (Payot 1964), ces deux autres témoignages seront publiés ultérieurement en 6 c.

            A la question ou aux questions souvent posées sur les raisons qui ont incité la France à décoloniser dans les années 1960, les réponses sont multiples, d’autant nombreuses et contrastées que leurs auteurs ont souvent de la peine à se démarquer d’un regard partisan ou idéologique.

          La raison sans doute la plus simple de la décolonisation serait celle d’une marche du monde assez conforme à l’analyse taoïste du cours des choses, du constat qu’une fois épuisés les effets des dispositions favorables à la colonisation, à la domination, ce que d’aucuns ont dénommé le colonialisme, il était inévitable que des dispositions inverses se  manifestent, d’un sursaut plus ou moins fort, pacifique ou violent, des peuples dominés vers de nouvelles formes de liberté et de souveraineté.

        Certains interpréteraient volontiers ce type de mouvement comme un des résultats positifs du « colonialisme ».

        Après la deuxième guerre mondiale, les mouvements de libération et de décolonisation trouvèrent un appui puissant dans l’évolution du contexte international, la propagande des Etats Unis pour la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, une revendication  qui n’était pas toujours dénuée d’intérêts, de même qu’en parallèle, en opposite, l’Union Soviétique faisait miroiter l’avenir glorieux du marxisme international.

         Les nouvelles puissances du tiers monde, notamment l’Inde, vinrent apporter leur concours et leur souffle idéologique à ce mouvement de libération des peuples colonisés. 

         Comment ne pas rappeler également que de nouvelles élites, dites « les évolués », nées avec la colonisation, avaient également l’ambition de diriger leur propre pays ?

        Nombreux sont les récits ou les faits qui ont illustré historiquement le mouvement des peuples africains vers de nouvelles formes de souveraineté, ne serait-ce qu’à l’occasion des résistances qui furent opposées aux nouveaux conquérants, les colonisateurs.

Quelques faits :

              Sans revenir sur la lutte des chefs de guerre que furent les El Hadj Omar,  Ahmadou, Samory, ou Béhanzin, ou sur celle des mandarins du royaume d’Annam et de leurs alliés pirates du Tonkin, le cours de la colonisation ne fut pas partout celle d’un long fleuve tranquille : révolte africaine en Haute Volta contre la conscription. des années 1914-1918, fuite devant la taxe de capitation ou le travail forcé dans beaucoup de régions de la brousse africaine, révolte sanglante de Yen Bai en Indochine en 1930.

Le témoignage de l’africaniste Delafosse :

            Delafosse avait été administrateur colonial en Côte d’Ivoire pendant plusieurs années, dans une Côte d’Ivoire qui venait de voir le jour comme première forme d’un Etat colonial, rappelons-le, et avait fait le choix de l’étude des sociétés africaines, de leurs langues, de leurs mœurs et de leurs cultures.

Il était en quelque sorte devenu un expert des politiques indigènes qu’il était possible de mettre en œuvre en Afrique noire.

           En 1922, il publiait un livre intitulé « Broussard », et son diagnostic était le suivant.

         Il posait ce diagnostic précoce, à l’aube de la deuxième phase de la colonisation, c’est-à-dire les années 1920-1940, en partant du principe que les hommes, blancs ou noirs, étaient les mêmes, en Europe ou en Afrique, mais cela ne l’empêchait pas de proposer une politique indigène qui ne fut jamais celle de la France.

        Il écrivait au sujet de l’instruction : « Considérant simplement le bien ou le mal que peut retirer l’indigène africain d’une instruction à la française, je crois sincèrement que la lui donner constituerait le cadeau le plus pernicieux que nous pourrions lui faire : cela reviendrait à offrir à notre meilleur ami un beau fruit vénéneux « (p,111)

       Plus loin, il fustigeait les humanistes :

       « Les humanistes entrent en scène. Pour ces singuliers rêveurs, l’idéal de l’homme est de ressembler à un Parisien du XXème  siècle et le but à poursuivre est de faire goûter à tous les habitants de l’univers, le plus tôt possible, les joies de cet idéal » (p,114)

La bombe d’Indochine

      «  Nous parlions d’un événement qui avait mis en émoi l’Indochine ; un Annamite quelque peu détraqué  avait lancé une bombe sur un groupe d’Européens assis à la porte d’un établissement public.

         Ce n’est pas dans votre Afrique, dis- je à mon ami Broussard, que de paisibles consommateurs prenant le frais et l’apéritif à la terrasse d’un café, auraient à redouter l’explosion d’une bombe intempestive.

        Assurément non, me répondit-il, ou du moins l’instant n’est pas encore venu d’appréhender de tels faits divers ; mais ce n’est qu’une question de temps. » (p,112)

     Et plus loin encore :

      « Félicitez- vous en pour eux aussi, pendant qu’il est temps encore. Mais s’ils ne sont pas mûrs actuellement pour se servir d’engins explosifs, soyez sûr qu’un jour ou l’autre, si nous continuons à nous laisser influencer par les humanitaristes et les ignorants, les nègres nous flanqueront à la porte de l’Afrique et nous ne l’aurons pas volé. » (p,118)

           Reconnaissons à cet égard qu’en dehors du Cameroun, la décolonisation de l’Afrique noire française a effectivement échappé aux engrenages de violence connus ailleurs, et c’est un des constats de Frederick Cooper qui fonderait une partie de son discours.

Jean Pierre Renaud

Tous droits réservés

 

 

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