Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 11:15

L’affaire Fillon sous la houlette de la justice

De quelle houlette s’agit-il ?

De celle du berger ou de la bergère qui fait appel à sa houlette pour ramener les brebis ou les chèvres indisciplinées dans son troupeau ?

De celle du jardinier qui fait appel à sa houlette pour lever de terre des oignons de fleurs ? C‘est effectivement le moment !

De celle enfin des évêques de l’Inquisition qui n’avaient pas d’état d’âme pour envoyer les « mécréants » sur le bûcher ?

L’histoire jugera !

 

            A voir comment cette affaire a été engagée, la procédure suivie, les hésitations sur le champ d’application de la prescription, les fuites vers les médias, et la chasse médiatique à l’homme, qui a suivi, la question de l’indépendance de la justice se pose effectivement.

           A charge ou à décharge ? Le dernier Journal du Dimanche a, en tout cas,  choisi avec une première page intitulée :

                      « Ce que les juges ont contre eux »

                     ( avec les photos de Marine le Pen et de François Fillon)

                  Ils en savent des choses ces journalistes qui violent le secret « bidon » de l’instruction en s’abritant derrière le secret des sources, en présence d’une justice « motus et bouche « officiellement » cousue » !

                 Avec le proverbe italien : « Tanto fumo. Poco arrosto »

                                                                « Beaucoup de fumée. Peu de rôti. »

Imprimatur

Jean Pierre Renaud

Repost 0
Published by pas de pseudo - dans politique
commenter cet article
24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 09:42

« Coloniser, c’est Macroniser ! »Acte I

« Coloniser, c’est Storaniser ! » Acte II

« Coloniser, c’est Customiser ! », à la sauce d’une agit-prop professionnelle !

&

« Le Parisien du 17 février 2017, page 4 :

La chronique : « Mais quelle mouche  a piqué Macron ?

Polémique -  En qualifiant la colonisation de « crime contre l’humanité »… » et en défendant la Manif pour tous… »

En bas de page : avec la photo de M.Stora à gauche, l’interview de l’historien de l’Algérie, sous le titre :

« En matière de colonisation, la France a bâti un faux modèle républicain » »

          Après les « crânes » des « résistants »  algériens, en 1854,  à rapatrier en Algérie, les « mémoires dangereuses »,  « les crimes contre l’humanité » !

           M.Stora a-t-il la prétention de prendre pour postulat de son discours le « modèle » algérien ? Lequel serait représentatif de l’histoire de la colonisation française ?

            M.Stora vient ici au secours du candidat Macron ? En aurait-il tant besoin ?

      « C’est un problème d’autant plus insoluble - (déposer plainte contre les crimes, et faire poursuivre) -  qu’en France, dès que l’on prononce les mots « crimes contre l’humanité », le débat est clos ou se politise. Il est quasiment interdit d’évoquer tout acte de violence commis par la France pendant la colonisation »

          Les historiens connaissent sans doute, et à ce sujet, les récits de Loti, Maran, Vigné d’Octon, Augagneur, Gide, Roubaud, Londres …, pour citer quelques auteurs de la Troisième République, ou plus récemment, et par exemple, ceux de M.M Boiteau et Tronchon sur Madagascar, ou de Mme Branche sur la torture…

          « La France a bâti un faux modèle républicain » : la France a-t-elle voulu mettre en œuvre ailleurs qu’en Algérie, après 1945, et contre l’opposition permanente de la minorité agissante des Français d’Algérie, le « modèle républicain », avec la complicité des partis de gauche ou de droite ?

           De quelle République parlons-nous ? Celle de la République laxiste de Mitterrand et de Chirac qui ont laissé faire pour que la République soit tellement absente de nos quartiers sensibles ?

         A la fin de son interview, M.Stora repart sur son terrain de prédilection, celui des populations d’origine immigrée :

        « Comment expliquer à ces catégories de la population qui descendent de l’histoire de la colonisation que, soixante ans après, on ne peut toujours pas tenir en France des critiques contre ce système ? La colonisation est devenue un marqueur identitaire comme l’esclavage pour les Noirs. C’est une question historique aux conséquences politiques très vivaces. »

         Fermé le ban !

        Dieu soit loué ! En dépit de sa faible fréquentation, - pourquoi ? - la Cité de l’Histoire de l’Immigration contribue sûrement à combler ce gouffre d’ignorance.

          « On ne peut toujours pas tenir en France des critiques contre ce système"  : alors qu’à longueur d’année des historiens, des chercheurs, des intellectuels, dénoncent les méfaits de la France coloniale, le plus souvent sans connaître grand-chose de son histoire ?

        « Comment expliquer à ces catégories de population … ? Des catégories que M .Stora se garde bien de vouloir faire compter, car il n’a  jamais jusqu’à présent fait mesurer le champ d’un de ses thèmes préférés, celui de la mémoire coloniale, alors qu’il surfe en permanence sur le sujet ?

           Comment expliquer aux Français que cette absence supposée de critique puisse justifier que « la colonisation est devenue un marqueur identitaire… », alors que les « experts » ne savent même pas, ou ne veulent pas le mesurer, et que les Français constatent de plus en plus, compte tenu des flux de l’immigration passée « régulière » ou « irrégulière », que c’est l’Islam qui est peut-être devenu le « marqueur identitaire » ?

           Comme je l’ai déjà écrit, il est tout de même très étrange que ces catégories de population marquées du fer rouge de la colonisation, soient venues, et viennent encore nombreuses se placer sous le joug d’un  système colonial qui existerait toujours en France, pour appeler un chat un chat, notamment de la terre qui a vu naître M.Stora, au cours de la décennie noire des années 1990 2000.

           Pourquoi agit-prop professionnelle ? Parce que ces intellectuels tiennent un discours idéologique qui semble ignorer les grands progrès qui ont été réalisés dans l’histoire quantitative, et ici, dans la mesure statistique de ces fameuses « mémoires » collectives, ce qui n’était pas le cas avant 1939-1945.

       Ils ne font que se cantonner dans le discours des idées, et c’est évidemment plus confortable !

Jean Pierre Renaud

 

Repost 0
Published by pas de pseudo - dans politique
commenter cet article
17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 12:02

L’histoire de la colonisation pour les nuls

« Coloniser, c’est Macroniser ! »

 

            « Pour Macron, la colonisation fut « un crime contre l’humanité »

« En visite à Alger, le candidat déclenche une vive polémique »

          Le Monde du 17 février 2017, France, page 12

          De nos jours, apprend-on aux élèves de l’ENA, plus à faire fructifier de l’euro ou du dollar, à trouver les allées les plus rapides vers le pouvoir, que l’histoire du monde, au-delà de celle de la France ?

         Ignorance crasse d’un candidat aux plus hautes fonctions de ce qui est encore notre République,  ou bêtise démagogique du même candidat, qui va à Alger, un lieu voué, comme chacun sait, à la démocratie républicaine, condamner la colonisation pour crime contre l’humanité ? Pour gagner quelques voix ?

      Comme si la colonisation ne faisait pas partie de l’histoire de l'humanité, de tous les peuples, à toutes les époques !

           Démagogie, forme de perversion morale et intellectuelle que la posture- photo du même candidat, sur la même page, signant le livre d’or de la basilique Notre Dame d’Afrique, à Alger, le 14 février, symbole missionnaire d’un grand pan de la colonisation criminelle ?

        Pourquoi ne pas rappeler à ce candidat mi- chèvre mi- choux, issu d’un  sérail socialiste, que c’est la gauche républicaine de la Troisième République qui a lancé la France dans cette colonisation « criminelle », que c’est toujours la gauche qui, à la Libération, celle du parti communiste et de la SFIO, qui n’a pas engagé le processus de la décolonisation nécessaire après 1945, et encore que c’est à nouveau la gauche, celle du Front Républicain (Guy Mollet avec Mitterrand), qui a engagé le pays dans la guerre d’Algérie en 1956 , avec l’envoi du contingent ?

     Alors de grâce ! Les Français et les Françaises ne pourraient-ils pas attendre d’une partie des élites qui gouvernent ou qui aspirent à les gouverner un peu plus de culture, d’honnêteté intellectuelle, et peut-être de retenue ?

      Ces gens-là prennent une grande responsabilité morale et politique dans les désordres que connaît actuellement notre pays.

      Les lecteurs de ce journal auront sans doute le plaisir de constater que le journaliste signataire de cette chronique fait tout ce qu’il faut pour dédouaner le candidat en question, atténuer son propos, c’est-à-dire noyer le poisson : en eaux troubles !

      Jean Pierre Renaud

 

Repost 0
Published by pas de pseudo
commenter cet article
8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 09:45

Stop aux démolisseurs de la République Française !

Trop, c’est trop, beaucoup trop !

&

Un abus de pouvoir ?

Le journal Le Monde du 7 février 2017

Le titre :

« De nouveaux éléments de l’enquête judiciaire fragilisent François Fillon »

Pages 6 et 7 « Nouvelles révélations sur le système « Fillon ». Les enquêteurs suspectent un éventuel trafic d’influence… »

Sous la signature des deux détectives infatigables du Monde, D et D, dont, à plusieurs reprises,  j’ai déjà narré les aventures entre secret des sources et secret de l’instruction.

 

            Mes lecteurs ont déjà eu l’occasion de faire connaissance avec les réflexions que suscitaient de ma part les aventures des deux détectives infatigables du journal Le Monde, D et D.

           Je rappelle que j’avais publié, le 24 novembre 2014, sur le même type de sujet, et sur mon blog,  une chronique relative à l’affaire Fillon-Jouyet, et au travail d’enquête des deux détectives en question, en informant les lecteurs de l’opinion dont j’avais fait état, le 9 novembre 2014, auprès du Courrier des Lecteurs du même journal.

          Le titre de ma chronique était : « Affaire Fillon-Jouyet, off, on, secret de l’instruction et secret des sources, déontologie des journalistes. »

         Le 18 novembre 2014, le journal faisait état de ma réaction dans une page « Eclairages », en écrivant : … « Les 2 journalistes répondent » :

        « Mais il n’est pas question d’en publier l’intégralité, ni d’en accepter la saisie. Il y a dans cette conversation des propos divers et variés, dont certains relèvent du secret professionnel, d’autres de la vie privée »

       Il s’agissait de la source « enregistrements »

         Il est évident que le journal a voulu faire un coup médiatique et politique.

          C’est en tout cas mon opinion, c’est-à-dire celle d’un vieux lecteur de ce journal, et, qui plus est, a eu une longue expérience préfectorale du pouvoir exécutif, du pouvoir judiciaire, et du pouvoir parlementaire, pour ne pas évoquer le quatrième pouvoir dont il est ici aussi question.

        Comment analyser ce nouveau coup médiatique ?

      A lire le titre et ses premiers sous-titres, ceux que j’ai cités, il est évident que pour nos deux détectives, et donc pour ce journal, le secret de l’instruction est une fiction, comme je l’ai déjà écrit plusieurs fois

         La violation du secret de l’instruction en est ici affirmée, car, à leurs yeux, le secret des sources des journalistes les habilite à y procéder.

        Deuxième point, et cela est beaucoup plus grave à mes yeux, cette intrusion n’a pu être effectuée qu’avec la complicité de policiers ou de magistrats, ou de membres de ces deux corps confondus, sans pouvoir se défausser sur les avocats absents, mettant par la même en cause la présomption d’innocence.

         Il est évident que cette violation soulève une première grave question  institutionnelle, celle du fonctionnement lui-même du troisième pouvoir, le judiciaire, alors même que la mise en branle de la justice soulève parallèlement une deuxième question, constitutionnelle, celle de la séparation des pouvoirs entre le judiciaire et le parlementaire.

         La justice est-elle habilitée à contrôler le travail des parlementaires, par le biais d’un concept juridique difficile à définir, celui de l’emploi fictif, précisément dans le cas parlementaire.

        Rappellerai-je qu’à l’époque de la chiraquie, des dizaines et des dizaines  d’emplois fictifs de la Ville ou du Département de Paris servaient la cause du RPR, ou que des dizaines et des dizaines d’emplois fictifs de l’Etat servaient à protéger la bigamie de Mitterrand, sans qu’à l’époque, nos grands médias s’en soient beaucoup préoccupés.

     Je me souviens avoir évoqué le sujet avec un  bon journaliste du Monde, lequel me confessait qu’il était difficile de dénoncer de tels faits.

      L’article utilise l’expression de « système Fillon », une expression à laquelle j’ai eu recours dans un de mes livres sur la chiraquie.

    Un « système » dans le cas de la famille Fillon ? Une épouse et collaboratrice d’un député, ministre, premier ministre et sénateur, à identifier dans un « emploi fictif » ? Est-ce bien sérieux ?

      Il est tout de même étrange que peu de personnes n’y aient vu l’expression, non pas d’un « système », mais d’un machisme indéracinable ?

       Alors, à qui profite le « crime » ? Les médias savent combien les Français aiment les séries policières, et certains mauvais esprits,  y voient la main de la gauche caviar médiatique, celle peut-être du triumvirat qui gouvernerait aujourd’hui le journal.

         Les deux détectives infatigables du Monde, D et D, ont réussi à mettre par terre le président actuel, grâce à ses imprudences médiatiques, mais leur travail de démolition démocratique aura peut-être pour résultat de déplacer les vrais enjeux sur le terrain du  fonctionnement de nos institutions, et non sur la vie privée.

        Que faut-il penser enfin de cette nouvelle mode des primaires, privées de tout statut légal et constitutionnel, lesquelles polluent le fonctionnement de nos institutions et saturent, jusqu’à plus soif, pendant des mois et des mois, les citoyens ?

        Je répète que je ne suis pas partisan de ce nouveau système à la mode,  sauf à en assurer la bonne fin constitutionnelle.

.      Jean Pierre Renaud      Tous droits réservés

Repost 0
Published by pas de pseudo - dans politique
commenter cet article
2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 10:50

Humeur Tique

Affaire Fillon, séparation constitutionnelle des pouvoirs, et primaires ?

 

            Il n’est pas besoin d’avoir fait de grandes études de droit pour se poser, en  termes de culture démocratique et républicaine, la question de savoir si le processus juridique engagé dans cette affaire n’est pas précisément inconstitutionnel ?

      Que voit-on concrètement ? Le quatrième pouvoir, celui des médias, qui n’existe pas dans notre constitution, actionne la Justice, un des trois pouvoirs de cette constitution, l’exécutif, le législatif, et le judiciaire.

      Cela revient à placer le pouvoir législatif sous le contrôle du pouvoir judiciaire, et dans le cas présent sous celui d’un de ses constituants, le parquet. Ce dernier est sous les ordres de l’exécutif, alors que ce même parquet réclame depuis des années les garanties de son indépendance.

       Il y a décidément, et une fois de plus, quelque chose de pourri dans le fonctionnement de nos institutions.

      J’ai déjà dit ce que je pense de la perversion des primaires, et des partis politiques qui se défaussent de leur rôle constitutionnel, bénéficiant à cet effet d’un financement public, en demandant à un corps électoral non défini de choisir la doctrine politique qu’ils n’ont pas le courage de choisir eux-mêmes.

            Jean Pierre Renaud

Repost 0
Published by pas de pseudo - dans politique
commenter cet article
30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 11:27

Indigènes de France et Indigènes des colonies françaises : en dedans et en dehors de la France, était-ce bien différent ?

Les biais de l’histoire postcoloniale

Source : « La fin des terroirs 1870-1914 »

Eugen Weber

Synthèse rapide et évocation du chapitre XXIX

« Cultures et civilisation » (pages 575 à 587)

&

Suite et fin de la lecture critique

 

          Les lignes qui suivent méritent d’être lues avec la plus grande attention par tous ceux qui ont tendance à interpréter notre histoire nationale et coloniale avec des lunettes idéologiques, des lunettes  fausses ou mal ajustées, aux fins supposées d’apprécier le contenu et les effets des discours officiels sur la civilisation à apporter aux peuples d’outre-mer :

        « Abordons ce problème de l’acculturation : la civilisation des Français par la France urbaine, la désintégration des cultures locales par le modernisme et leur absorption par la civilisation dominante de Paris et des écoles. Livrées à elles-mêmes jusqu’à leur accession à la qualité de citoyen, les masses rurales non assimilées furent intégrées au sein de la culture dominante de la même manière qu’elles avaient été intégrées dans une entité administrative. Ce qui s’est passé correspond à une sorte de colonisation, et on le comprendra d’autant mieux si on garde cette idée présente à l’esprit.

        « La conquête est une étape nécessaire sur la voie du nationalisme » écrivait Georges Valérie en 1901. Une nation ne peut pas, ou ne devrait pas, conquérir des « peuples majeurs » mais amener une plus grande cohésion des groupes sans identité culturelle évidente, les gagner à soi ; enrichir, éclairer l’esprit  tribal privé d’instruction, voilà ce à quoi la mission civilisatrice ne peut renoncer. On trouve nombre des thèmes de l’intégration nationale dans cette brève affirmation : les peuples conquis ne sont pas des peuples, ils n’ont pas de culture propre ; ils peuvent seulement bénéficier de l’enrichissement et de l’instruction que le civilisateur leur apporte. Nous pouvons maintenant nous demander si cette image coloniale vaut pour la France.

        La réponse la plus simple provient des sources françaises. Au XXème siècle, en Franche Comté, on se souvenait encore que,  pendant de nombreuses années, les gens se firent enterrer face contre terre en signe de protestation contre l’annexion de la province par la France… dans le Sud-Ouest, écrivait M.F.Pariset en 1867, l’union avec la France « a été subie et non acceptée avec sympathie. La fusion s’est faite lentement et à contrecœur ». Quarante ans plus tard, lorsque Ernest Ferroul, le maire socialiste de Narbonne, accusait les barons du Nord d’envahir le Midi comme au bon vieux temps des Albigeois, le Figaro avertissait ses lecteurs : « ne nous y trompons pas, c’est une région qu’il faut reconquérir, comme au temps de Simon de Montfort ». (p,577)

       Et pour les lecteurs ou chercheurs les plus incrédules, lisez les lignes qui suivent :

      « Durant tout le siècle, les colonies d’outre- mer servirent de modèles de comparaison pour certaines régions de France. En 1848, Alphonse Blanqui comparait les habitants des Alpes françaises à ceux de Kabylie ou des Îles Marquises, comparaison qui fut reprise plusieurs fois dans des rapports officiels et des textes en 1853, 1857, 1865. Les populations et les coutumes de la France rurale, ses superstitions et ses singularités furent étudiées et décrites bien trop souvent avec condescendance peu compréhensive. Les façons de vivre des ruraux semblaient superficielles et dénuées de sens, leurs façons de penser étaient ignorées. Les communautés indigènes furent dépouillées de leurs droits (code forestier, pacage, prés communaux, droits de chasse et de pêche) au nom du progrès, de la liberté, de la productivité et d’un bien commun qui ne signifiait rien pour ceux au nom desquels ils étaient proclamés. Parce que les représentants de l’ordre ignoraient et méprisaient la logique des sociétés qu’ils administraient, « parce que cette ignorance et ce mépris étaient les conditions-mêmes de leur action, les hommes responsables de cette politique ne pouvaient en mesurer les conséquences désastreuses ». Ces mots de Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad, écrivant sur l’administration coloniale, s’appliquent assez bien  à la France rurale du XIXème siècle. » (p,578)

      « En 1910 ou 1911, Jean Ricard pouvait décrire les installations des collecteurs de résine établies par les fabricants de térébenthine au nord d’Arcachon comme ressemblant à quelque terre africaine, un rassemblement de huttes groupées à l’ombre du drapeau de la République » Et pourtant, « nous sommes en France ».

       Etre en France signifiait être gouverné par des administrateurs français. En Savoie, où les frictions entre les membres de l’administration française et les autochtones étaient assez fortes, on disait des administrateurs français qu’ils « arrivaient ici comme pour une tournée d’inspection des colonies ».. En 1864, dans la Revue des deux mondes, un écrivain comparait la Savoie à l’Irlande. Dans les autres régions, on faisait des comparaisons encore plus explicites. « Ils envoient des colons vers des terres lointaines pour cultiver le désert, regrettait un Breton, et le désert est ici ! « Ils construisent des chemins de fer en Afrique, écrivait la Revue du Limousin en 1862 : « si au moins ils nous traitaient comme des Arabes ! « Une revue agricole reprit le cri : « il y a au cœur de la France une région  à coloniser qui demande seulement qu’on lui accorde les mêmes conditions  d’exploitation qu’aux colonies. » (p,579)

       « Des allusions aussi explicites furent faites lors de la mise en valeur de ma Sologne : « Il est vraiment question de colonisation ici « écrivait Ardouin-Dumazet en 1890.Les promoteurs étaient aussi enthousiastes au travail en Sologne qu’ils l’étaient en Algérie. Et un peu plus tard, à Salbris (Loir et Cher) : « Il y a un parallèle intéressant entre la colonisation actuelle de la Tunisie et le travail de développement qui se poursuit en Sologne. En Tunisie, comme en Sologne, les capitalistes ont joué un rôle important. « Cependant « tout bien considéré… la colonisation de la Sologne est la plus merveilleuse. » (p,380)

        « Les plus grandes possibilités coloniales, naturellement étaient offertes par la Bretagne. Après l’union forcée avec la France, les villes bretonnes furent envahies par des Français qui écrasèrent ou même remplacèrent les commerçants locaux, francisèrent les gens qu’ils employaient ou touchaient d’une autre façon. Les ports du roi comme Lorient et Brest, étaient des villes de garnison en territoire étranger et le terme de colonie était fréquemment employé pour les décrire.

     Comme nous l’avons déjà vu, les choses ne commencèrent à changer un peu en Bretagne que dans les années 1880… (p,380)

….

    « Essayons maintenant une autre piste et voyons comment Les Damnés de la terre de Franz Fanon, une des plus virulentes dénonciations du colonialisme, s’applique aux conditions que nous avons décrites. Les passages suivants (certains sont des montages et non des citations ininterrompues) sont particulièrement caractéristiques :

    « régions sous-développées, absence d’infrastructure, un monde sans médecins, sans ingénieurs, sans administrateurs.

   « L’aliénation culturelle, comme le colonialisme, essaie d’obliger les indigènes à abandonner leurs façons ignorantes (pour faire croire que) c’est le colonialisme qui vient éclairer leur obscurité.

    « La domination coloniale disloque de façon spectaculaire l’existence culturelle des peuples soumis (mort de la société autochtone, léthargie culturelle).

    Les nouveaux rapports juridiques (sont) introduits par la puissance occupante. L’intellectuel se jette frénétiquement dans l’acquisition forcée de la culture de l’occupant.

    « Les coutumes des colonisés, ses traditions, ses mythes, surtout ses mythes, sont la marque même de cette indigence, de cette dépravation constitutionnelles.

    « Le colonialisme s’oriente vers le passé du peuple opprimé, le distord, le défigure, l’anéantit, dévalorise l’histoire d’avant les colonisateurs : « Cette terre, c’est nous qui l’avons faite »

    Les formes brutales de présence de l’occupant peuvent parfaitement disparaître, (elles sont troquées contre) un esclavage moins évident mais plus efficace.

     « La bourgeoisie locale, qui a adopté de bon cœur les façons de penser caractéristiques du pays occupant, devient le porte-parole de la culture coloniale comme les intellectuels qui l’avalent goulûment »

    La violence, si frappante dans les pages de Fanon était rare dans la France du XIXème siècle, peut-être parce que les révoltes capables de menacer sérieusement l’Etat étaient un fait du passé. Etant donné l’époque et la couleur des peaux, l’assimilation faisait son chemin. Cependant, le portrait que fait Fanon de l’expérience coloniale est une description assez juste de ce qui se passait dans les Landes et en Corrèze. En France, comme en Algérie, la destruction de la culture locale ou régionale était systématiquement poursuivie. Tant qu’elle persista, elle fut handicapée par l’inertie et l’isolement. « Il y a crispation sur un noyau de plus en plus étique, de plus en plus inerte, de plus en plus vide. » Après un laps de temps, dit Fanon, la créativité locale reflua et ce qui resta fut « rigidifié à l’extrême, sédimenté, minéralisé. » La réalité locale et la culture locale disparut ensemble. Ainsi fit le XIX° siècle en France. » (p,582) (Fanon, note 23,page 656, pp.72, 158,177 (et 69), 33, 158 (et 40), 106, 116 (et 164),p,656)

      Et pourtant… Pris comme règles générales, les propos de Fanon me semblent sous-estimer le choix et l’autonomie des colonisés. Ni Bourdieu et Sayad, ni Fanon, ni mes propres observations ne suggèrent que les sociétés traditionnelles étaient inertes au commencement. Il semble que par la suite, elles se sont effacées devant la force, qu’elles furent vaincues par des puissances supérieures et « colonisées » contre leur volonté. Est-ce que ceci s’est réellement passé ? Pas en France en tout cas. » (p,582)

     « Ceci devrait peut-être nous faire voir d’un autre œil le « colonialisme » dans les pays sous- développés, qui renvoie aussi à des inégalités régionales dans le développement ; et sans doute cela permet-il de qualifier les sens de la colonisation comme un  processus interne…

         Il est possible aussi que les vues maintenant démodées de la fin de siècle sur le « progrès » mérite un autre regard. Ou alors devons- nous dire que la colonisation des régions sous-développées serait acceptable à l’échelle interne mais inacceptable au-delà de la patrie du colonisateur ? Qu’est-ce qu’une patrie ? Quelque chose à qui le temps, le hasard et les circonstances opportunes ont permis d’être mise en forme et d’être acceptée comme entité politique : Chine, Inde, Mexique ; Etats-Unis, Union soviétique, Royaume Uni, par exemple.

      Retournons maintenant à la France. Les conquêtes et les colonisations l’ont créée, comme elles l’ont fait pour d’autres royaumes, et cette formation, pour l’essentiel, s’est achevée au XIXème siècle. Y a-t-il eu une période critique ? J’ai soutenu que celle-ci s’est située surtout vers la fin du siècle. On a avancé d’autres réponses, portant sur d’autres périodes. Le point de vue plus ou moins accepté de la Révolution française comme ligne de partage ne peut être négligé. Laurence Wylie et d’autres sociologues se sont attardés sur les années 1950, où les tracteurs, les voitures et les téléviseurs hâtèrent l’homogénéisation des villages qui évoluaient lentement jusqu’alors. On peut plaider un dossier semblable pour le XIXème siècle, autour de 1848 et de l’arrivée du chemin de fer. Tout argument de ce type, y compris le mien, est plausible ; aucun ne l’emporte vraiment. » (583,584)

       L’analyse approfondie du processus de francisation à laquelle a procédé l’auteur plaide, à mes yeux, en faveur de l’appréciation chronologique et historique qu’il propose :

      « Je pense avoir clairement montré ce processus. Entre 1880 et 1910, des changements fondamentaux  se sont produits au moins dans trois domaines. Les routes et les chemins de fer ont permis à des régions jusque-là éloignées et inaccessibles d’entrer en contact avec les marchés et les modes de vie du monde moderne. L’école a enseigné à des millions d’individus, jusqu’alors indifférents, le langage de la culture dominante et de ses valeurs, parmi lesquelles il faut compter le patriotisme. Le service militaire, quant à lui, a implanté cet enseignement dans les foyers… Les régions de France étaient beaucoup plus semblables entre elles en 1910 qu’elles ne l’avaient été avant Jules Ferry, Charles de Freycinet et Jules Rieffel. » (p, 584,585)

      « Mais quelque chose de plus important s’est produit, quelque chose  qui ne s’est produit, ni en en 1789, ni en 1848, ni en 1950, un changement qui représente rétrospectivement le grand événement culturel de l’époque ; la fin d’une profonde division de l’esprit. « (p,586)

     « Dans le meilleur des cas, les gens acceptaient le changement avec hésitation et constataient ses effets avec une grande ambivalence. Mais une fois qu’ils avaient bu à la fontaine du « progrès », il n’y avait plus de retour en arrière possible. Le modèle du XIXème siècle continuait certes à être, comme dit Jacob Burckhardt, le « rationalisme pour la minorité et la magie pour la majorité ». Et pourtant, à la fin du siècle, la nature de la magie avait changé. Les gens allaient toujours chercher leurs normes et valeurs culturelles chez les autres ; mais la culture populaire et la culture des élites étaient de nouveau réunies. » (p,587)

    Une suggestion de thèse ou de mémoire pour les étudiants : « L’audience de l’anticolonialisme de Franz Fanon dans la presse de l’époque, avant, pendant, après les indépendances »

      En ce qui me concerne, je serais tenté de penser, mais sous réserve de ce type de recherche historique que la thèse Fanon a eu beaucoup plus de succès après les indépendances, qu’avant, ou même pendant la période de décolonisation.

            Jean Pierre Renaud Tous droits réservés

 

Repost 0
Published by pas de pseudo - dans culture
commenter cet article
30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 10:06

Indigènes de France et Indigènes des colonies françaises : en dedans et en dehors de la France, était-ce bien différent ?

Les biais de l’histoire postcoloniale

Source : « La fin des terroirs 1870-1914 »

Eugen Weber

Synthèse rapide et évocation du chapitre XXIX

« Cultures et civilisation » (pages 575 à 587)

 

            A lire certains écrits de l’histoire postcoloniale, notamment ceux publiés par le collectif Blanchard and Co sur la culture coloniale et impériale qui aurait été celle de la France, en tout cas au cours de la période qui a précédé la première guerre mondiale, la lecture de l’ouvrage cité ci-dessus a de quoi dessiller les yeux des plus incrédules.

            Dans les pages qui suivent, et à partir de la source Weber, nous nous proposons de dresser le portrait de cette France des indigènes qui avait la folle ambition de civiliser les indigènes des colonies, alors qu’elle avait déjà beaucoup de peine à civiliser les indigènes de France, à les franciser, à les assimiler.

            Dès l’ouverture, l’auteur met le lecteur dans l’ambiance coloniale, « Première partie Les choses telles qu’elles étaient » Chapitre premier « Un pays de sauvages » (p,17)

            « Vous n’avez pas besoin d’aller en Amérique pour voir des sauvages » songeait un Parisien en traversant la campagne bourguignonne vers 1840 » « Les Peaux Rouges de Fenimore Cooper sont ici », écrivait Balzac, dans ses « Paysans » (1844).  De fait de nombreux témoignages nous suggèrent qu’une grande partie de la France du XIXème siècle était habitée par des sauvages. » (p,17)

            « Les soulèvements populaires de 1851 apportèrent leur lot de commentaires : horde sauvage, pays de sauvages, de barbares. Il ne faut pas oublier que traiter abusivement quelqu’un de sauvage était considéré comme un outrage passible d’amende ou même de prison, si l’affaire allait jusqu’aux tribunaux. » (p,19)

            « Les habitants des villes, qui souvent (comme dans les villes coloniales de la Bretagne) ne comprenaient pas la langue rurale, méprisaient les paysans, exagéraient leur sauvagerie, insistaient sur les aspects les plus pittoresques – et donc les plus arriérés – de leurs activités, et allaient jusqu’à faire des comparaisons défavorables avec les populations colonisées d’Afrique du Nord ou du Nouveau Monde. Dans le Brest du XIXème siècle, il n’était pas rare d’entendre parler de la campagne avoisinante en termes coloniaux : la brousse, ou la cambrousse. Mais ces parallèles n’étaient guère nécessaires, car le stock de préjugés était bien fourni ; Les pommes de terre pour les cochons, les épluchures pour les Bretons ». » (p,21)

            L’auteur relève que cet aspect de la société rurale de cette époque n’avait jamais véritablement intéressé les anthropologues et ethnologues français, plus tournés vers les peuples exotiques :

            « Ce type de question réclame une réponse, mais il est difficile d’en apporter une précise. La suite de cet ouvrage le montrera. L’une des raisons en est que les ethnographes et les anthropologues français (ils ne sont certes pas le seuls, mais ils ont suivi cette tendance peut-être plus que leurs collègues étrangers) ont, récemment encore, étudié avec zèle les peuples exotiques, mais grandement négligé le leur. Quant aux sociologues, beaucoup sont passés directement de leurs premières études sur les sociétés primitives à l’étude des zones urbaines et industrielles, en laissant de côté les réalités paysannes qui les environnent.

            Il est caractéristique, par exemple, que le célèbre sociologue Maurice Halbwachs, lorsqu’il étudie les styles de vie, en 1907, de 87 familles (33 chez les paysans, 54 chez les travailleurs urbains), ne se réfère spécifiquement dans l’ouvrage publié en 1939 qu’au groupe urbain (et même dans ce cas, qu’à cinq familles d’ouvriers à Paris)… Dans toute la masse d’études qui marque la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle, aucune ne dépasse l’horizon de Paris et de ce qui s’y déroule. Et cela sans aucune restriction, assuré que l’on est que les vues et les aspirations d’une petite minorité qui se prend pour l’ensemble du pays représente réellement cet ensemble. » (p,23)

            Je ne suis pas sûr que les choses aient beaucoup changé de nos jours avec le rôle écrasant que s’attribue encore l’establishment parisien.

            « De Balzac à Zola, de Maeterlinck à l’abbé Roux en passant par beaucoup d’autres, le paysan apparait comme un être obscur, mystérieux, hostile et menaçant, et est décrit comme tel. Quand il ne s’agit pas d’un noble sauvage, comme chez George Sand, c’est un sauvage tout court. » (p,27)

            Chapitre IV « Seul avec les siens » (p,66)

            « En Bretagne, les indigènes, comme on les appelait encore sous la Troisième République, semblaient assez aimables mais peu coopérants. « On ne peut rien obtenir des habitants qui ne parlent pas ou ne veulent pas parler français, rapportait un fonctionnaire en 1873 à propos du Morbihan. »(p,66)

            La situation mit beaucoup de temps pour évoluer, et c’est à la fois la scolarisation et les effets de la première guère qui furent un facteur puissant de changement :

            Chapitre XI « La famille » (p,209)

        « Malheureusement, les vieilles habitudes qui régissaient la vie domestique, l’alimentation et l’éducation  des enfants, prévalurent beaucoup plus longtemps qu’on ne l’avait espéré. Entre 1914 et 1918, les femmes des campagnes avaient certes acquis un sentiment nouveau d’autonomie et de confiance, grâce aux initiatives et responsabilités qu’elles étaient forcées de prendre, aux métiers qu’elles apprenaient à faire, aux pensions familiales qu’elles avaient à gérer. Et pourtant, en 1937, le directeur des services agricoles du Lot pouvait répondre à une enquête dans des termes qui reprenaient ceux du siècle précédent : « La femme conserve ses traditions et ses vertus domestiques qui se manifestent comme un esclavage librement consenti ». La vie à la ferme devait être un esclavage. Le seul changement : il était à présent « librement consenti », parce qu’il existait d’autres choix. » (p217)

Deuxième Partie

Les agents du changement

Quelques citations qui marquent la parenté qui existait alors entre les indigènes de France et ceux des colonies !

 

        Chapitre XIV « La campagne dans la ville » (p,283)

       Au fur et à mesure des années et de l’arrivée de nouveaux  fonctionnaires, beaucoup de réactions étaient enregistrées:

     « La présence d’une communauté d’étrangers dans de petites villes, comme celles-là (Parthenay, Vic-le-Comte, Mende, ou Tournon), sans rapport avec leur mode de vie normal, créait quelque chose qui ressemblait fort à une situation coloniale. Taine avait senti cela, quand, en 1864, il avait décrit les provinces en disant qu’elles étaient sous la tutelle de Paris, qui les civilisait de loin en y envoyant ses voyageurs, ses fonctionnaires et ses garnisons. Quarante ans après, la situation n’avait guère changé. Ardouin-Dumazet, voyageur professionnel, observait que la ville de Bellac (Haute Vienne), n’aurait pas été grand-chose sans ses fonctionnaires et sa garnison. Elle avait peu d’industriels – tout juste une fabrique de soufflets et une tannerie - , mais sur la place du marché, « les paysannes, disposées sur deux rangs, se tiennent devant leurs maigres apports : un fromage, quelques cerises, des fraises, un lapin ou une poule. Entre elles vont et viennent les dames de la société, femmes de fonctionnaires suivies d’une bonne, femmes d’officiers accompagnées du classique soldat – ordonnance en casquette plate ». C’est bien la place de marché coloniale typique avec ses étalages pitoyablement maigres, ses vendeurs d’une patience infinie, faisant de petits gains, à la longue importants, en approvisionnant les coloniaux ou les créoles. » (p,284)

       Le chapitre XVIII est un des chapitres importants de ce livre, en raison de l’importance de son sujet et de son rôle de civilisation : « Une sérieuse entreprise de civilisation : l’école et la scolarisation » (p,365) :

     « L’école et particulièrement l’école du village, gratuite et obligatoire, s’est vue attribuer le processus d’acculturation final qui a transformé les Français en français – qui finalement les a civilisés, comme aimaient à le dire de nombreux éducateurs du XIXème siècle ». (p,365)

     L’auteur cite le rôle important qu’a joué dans les écoles le Lavisse, ainsi que la diffusion massive, à partir de 1877, du livre intitulé « Le Tour de France » de Bruno :

       « Cet enseignement des hauts faits eux-mêmes faisait partie d’’un tout plus vaste. En 1884, Le Tour de France de Bruno, publié en 1877, avait été réimprimé 108 fois,, et vers 1900, les ventes dépassaient huit millions d’exemplaires. Chaque enfant lisait et relisait l’histoire des deux garçons alsaciens quittant leur foyer à la mort de leur père pour répondre au vœu qu’il avait exprimé – qu’ils puissent être des Français. » (p,401)

                En ce qui concerne le Petit Lavisse, et son effet éventuel sur la culture coloniale des Français de l’époque, j’ai écrit ailleurs que les quelques pages consacrées par l’ouvrage aux colonies, à la fin du livre, à la veille des grandes vacances, ne suffisait pas à démontrer son rôle à ce sujet.

            Dans le cas du livre de Bruno, très populaire, comme les chiffres ci-dessus le démontrent, il est tout à fait curieux que, dans aucune de ses pages, n’est évoquée la question des conquêtes coloniales, une curieuse impasse qui tendrait à démontrer que le collectif de chercheurs Blanchard and Co a pris des vessies pour des lanternes.

            Le titre de la Troisième Partie flotte déjà comme un drapeau sur un tel sujet : « Changement et assimilation » (p,447)

            L’auteur évoque la destinée curieuse de la Marseillaise née dans une ville où l’on ne parlait pas le français, un chant qui eut de la peine à s’imposer, et il fallut attendre 1879, pour que ce chant soit réimposé comme hymne national.

            Dans le chapitre XXVIII, « Le glas du passé », et en ce qui concerne la vie culturelle, l’auteur écrit :

            « En 1895, la Société d’Ethnographie nationale et des Arts populaires commença à étudier non seulement le folklore littéraire – le seul aspect qui avait intéressé les romantiques – mais aussi l’art populaire, les objets et les techniques. On étudia les paysans comme une espèce en voie de disparition, leur culture fut disséquée et sa valeur sentimentale s’accrut. De George Sand à Maurice Barrès, les écrivains s’emparèrent du paysan comme un siècle avant on s’était emparé du bon sauvage. Des séries de cartes postales représentaient des scènes qui, il y a peu de temps, n’étaient pas dignes d’être représentées : chaumières, fermières engrangeant du foin, fêtes des moissons, paysans en costume régional. » (p,560)

            Dans son dernier chapitre, le XXXIX, « Cultures et civilisation » brosse une synthèse de ce que fut la France coloniale, celle des indigènes qui dans certaines des régions ressemblaient fort aux indigènes des colonies que les colonisateurs avaient l’ambition de civiliser.

            « On peut voir le fameux hexagone comme un empire colonial qui s’est formé au cours des siècles, un ensemble de territoires conquis, annexé et intégrés dans une unique structure administrative et politique, nombre de ces territoires possédant des personnalités régionales très fortement développées et certaines d’entre elles des traditions spécifiquement non- ou antifrançaises. Un  rappel partiel nous servira d’aide-mémoire : au XIII° siècle, le Languedoc et les régions du centre ; au XV °siècle l’Aquitaine et la Provence, au XVI °siècle, la Bretagne ; au XVII° siècle, la Navarre, le Béarn, le pays Basque, le Roussillon et la Cerdagne, une partie de l’Alsace et des Flandres françaises, la Franche Comté; au XVIII° siècle, le duché de Lorraine, la Corse, l’Etat pontifical du Comtat-Venaissin ; au XIX° siècle, la Savoie et Nice. En 1870, cet ensemble – et le reste – formait une entité politique appelée France, royaume, empire ou république, organisée par les conquêtes et par les décisions administratives ou politiques prises à (ou près) de Paris. Mais le point de vue moderne de la nation en tant qu’un ensemble de populations unies selon leur propre volonté et ayant certains attributs en commun (au moins l’histoire) était difficilement applicable à la France de 1870 » (p,575)

            « Après la Première Guerre mondiale, Marcel Mauss médita sur la différence entre les peuples ou les empires, et les nations…. Il voyait la nation comme « une société matériellement et moralement unifiée » et caractérisée par « l’unité relative morale, mentale, et culturelle de ses habitants qui soutiennent sciemment l’Etat et ses lois ». Il est évident que la France de 1870 ne correspondait pas au modèle de la nation de Mauss…. »

            Et si l’on raisonne comme Deutsch :

            « En dehors des centres urbains, dans presque toute la France il n’y avait pas « d’histoire commune qui puisse être mise en commun », ni de « communauté d’habitudes complémentaires », peu d’échanges du fait de la division du travail dans la production des biens et des services, et seulement des « réseaux de communication sociale et de relations économiques » très limités. Si par « société », nous entendons un groupe de gens qui ont appris à travailler ensemble, alors la société française était de taille réduite…

En 1870, en dépit de l’évidence contraire, les habitants de l’hexagone se reconnaissaient généralement comme  sujets  français, mais pour beaucoup ce statut n’était rien d’autre qu’une abstraction. Les habitants de régions entières ressentaient peu d’affinités à l’égard de l’Etat, ou des habitants des autres régions…. L’idéologie nationale était encore diffuse et informelle au milieu du XIXème siècle. La culture française ne devint réellement nationale que dans les dernières années du siècle. » (p,576)

          Jean Pierre Renaud Tous droits réservés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by pas de pseudo - dans culture
commenter cet article
26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 11:45

« La fin des terroirs » Eugen Weber

III

Troisième partie

Changement et assimilation (p,447)

 

            Les lecteurs un peu familiarisés avec les discours coloniaux anciens ou récents sur l’assimilation des immigrés, seront peut-être surpris de voir qu’Eugen Weber a choisi le même terme pour caractériser le processus de francisation de la France.

        Qu’est-ce à dire ? La France coloniale de la Troisième République avait l’ambition de porter la civilisation outre-mer, d’assimiler les « indigènes », alors qu’elle peinait à assimiler ses propres « indigènes ».

      Nous  nous proposons de consacrer quelques pages au rapprochement que suggère la comparaison entre la situation coloniale de la France et les situations coloniales rencontrées de l’outre-mer.

        « Fêtes et coutumes » (chapitre XXI, page 449)

       « Nous avons examiné les agents du changement. Il est temps maintenant de voir quels sont les effets directs de leur conjonction. Et puisque nous venons de quitter le domaine de la religion, nous pouvons commencer avec un domaine qui lui est apparenté, celui des fêtes. » (p,449)

        « L’Empire disparut mais la méfiance à l’égard des manifestations populaires subsista »

      « A cette fin, les fêtes officielles se mirent à rivaliser avec les fêtes traditionnelles, et aidèrent finalement à les supprimer. » (p,461)

     « Mais les grands jours des cérémonies civiques ne vinrent qu’avec les années 1880. L’année 1879 inaugura la République des républicains. Jules Grévy devint président. Les pouvoirs publics quittèrent Versailles pour Paris. « La Marseillaise » devint l’hymne national. En 1880, le 14 juillet devint la fête nationale, bien qu’il lui fallût du temps pour être acceptée. »(p,462)

      Il semble très probable que malgré un siècle d’efforts, de nombreuses petites communes des années 1880 (telle Orcines, dans le Puy de Dôme) n’avaient jamais connu avant cette date ces célébrations publiques… En 1889, quand la République célébra le centième anniversaire de la Révolution, les festivités officielles avaient progressé à la fois quantitativement et qualitativement.. Les banquets étaient devenus une partie essentielle des festivités, les illuminations n’étaient plus une exception, mais la règle, et l’initiative populaire pouvait aussi se manifester, par exemple en organisant des bals. » (p,463)

    « Mais si les grandes cérémonies de l’Eglise déclinèrent, il en alla de même avec des fêtes et des rites locaux plus humbles. Il est déjà question d’un déclin sous la Monarchie de juillet. .. Les causes du déclin étaient nombreuses, le déclin lui-même semblait évident. La croyance en la fonction bénéfique des  cérémonies populaires s’évanouissait. » »(p464, 465)

       « Les fêtes communales et historiques finirent par disparaître ; les célébrations autrefois publiques devinrent de plus en plus privées. Noël, le Nouvel An, la Veillée des Rois, tout cela devint du ressort des familles » (p,471))

      « Charivaris » (chapitre XXII, page 472)

     « Beaucoup de gens peuvent regretter la disparition de célébrations traditionnelles comme le carnaval. Mais peu d’entre nous, et sans doute peu de gens de l’époque voudraient verser une larme sur un aspect plus sombre de ce dernier, que nous n’avons fait qu’effleurer jusqu’ici : la ridiculisation et la punition de ceux qui avaient contrevenu aux règles de la société villageoise. Ce type de censure sociale était bien différent de celui que la société pouvait ou voulait dispenser. L’Etat avait ses lois, ses gendarmes, ses magistrats. Il n’y avait pas de place pour la justice non officielle dont le courroux s’abattait sur ceux qui avaient « pêché » contre la société. Et pourtant cette forme de justice grossière dura jusqu’au XX° siècle.

      Celui qui transgressait les normes était encore jugé et brûlé en effigie pendant le carnaval dans les petits bourgs des  Charentes peu avant 1914, ou promené sur un âne, la tête vers sa queue, comme cela se produisait apparemment encore en Champagne ou dans les Ardennes au tournant du siècle. » (p,473)

      L’auteur cite également le cas de nombreux charivaris qui avaient pour objet de tourner en ridicule curés ou élus.

    « Foires et marchés » (chapitre XXIII, page 483)

      « L’évolution de la sociabilité dans les campagnes peut être étudiée (et elle devrait être étudiée, mais nous ne pouvons lui accorder ici qu’une attention partielle) dans deux autres domaines : celui de la place publique du marché et celui, semi-privé mais très collectif de la veillées.

       Les marchés et les foires constituaient des rouages essentiels de l’ancien appareil économique : plaques tournantes des principaux échanges, ils se déroulent le plus souvent dans un contexte local déterminé. Les marchés étaient fréquents, au moins hebdomadaires ; on y vendait et achetait des produits d’usage courant, mais surtout de la nourriture. Les foires étaient périodiques et proposaient un un plus grand choix de produits, vêtements, bétail, outils et ustensiles ménagers, ainsi que des distractions. Dans toutes les sociétés rurales, un nombre relativement important de paysans sans terre, une quantité variable d’artisans ou de forestiers, parfois les deux, devaient acheter tout ou partie de leur nourriture bien qu’elle vint de chez leurs voisins.

       Comme les traditionnelles migrations saisonnières, les marchés jouaient leur rôle dans le maintien des institutions archaïques en permettant à leur clientèle de joindre les deux bouts. Les pauvres gens achetaient et vendaient en petite quantité, aussi devaient-ils se rendre souvent au marché. Dans l’ancienne société le marché tient lieu de commerces, qui n’existent pas encore…La fréquence des marchés s’intensifia lorsque les bourgeois dont la nombre et le niveau de vie s’étaient accrut après les années 1830… » (p,483)

       « Chaque petite ville, consciente de l’activité et des gains qu’une foire pouvait lui procurer, en voulait une pour elle seule. Les décrets impériaux de 18542 et 1864 simplifièrent les démarches qui permettaient d’obtenir l’autorisation d’en créer ou d’en rajouter…. En 1903, sur les 172 foires annuelles du Puy de Dôme, on disait que 21 avaient été instituées depuis des temps immémoriaux, que 21 avaient été instituées après 1850, 14, entre 1851 et 1870. On créa ensuite quantité de nouvelles foires : 39 entre 1871 et 1880, 21  de plus entre 1881 et 1890 et 33 autres entre 1891 et 1903 . » (p,485)

      « Mais là, n’était pas le plus important, car la fonction essentielle du marché et de la foire était sociale… Dans ce cas, comme dans les autres, la foire créait la seule et importante occasion de nouer des contacts avec le monde extérieur… (p,487)

     Il est possible que les foires aient favorisé l’imitation des mœurs citadines à un moment où les paysans étaient prêts à les assimiler. Le contact avec les citadins impliquait une certaine méfiance. Les échanges étaient limités au seul commerce et l’homme de la ville était immanquablement considéré comme un être maniéré, rapace et inflexible. Nous savons maintenant qu’il s’y passait plus de choses. Ainsi le commentaire d’un agronome estimait en 1884, que les paysans limougeauds apprenaient plus de français dans les foires qu’à l’école. » (p,488)

     « La veillée » (chapitre XXIV, page 491)

     « A travers presque toute la France rurale, les soirées d’hiver étaient longues, froides et solitaires. On devait économiser le  feu ainsi que les bougies et les chandelles. Tout cela coûtait trop cher. Une chaleur et une lumière suffisantes étaient chose presque impensables. » (p,491)

    D’où l’importance des veillées comme lieux de société villageoise.

     L’auteur cite des exemples de leur rôle, entre autres : « Dans un autre village de la Loire, Saint Martin-d’Estréaux, pas loin de Lapalisse, en 1910, les quatre cinquièmes des mariages étaient le fruit des veillées. » (p,493

    « La sagesse populaire » Chapitre XXV, page 497

    « Avec la fin des veillées, c’est une des principales institutions de la transmission du savoir oral qui disparaissait. Dans les veillées, il se disait beaucoup de choses : récits de souvenirs personnels, de contes, de dictons, d’adages pleins d’esprit. » (p,497)

       Comme à son habitude, et en ce qui concerne le rôle des proverbes, l’’auteur illustre son propos d’une grande quantité d’exemples,  dont un que j’ai retenu, pour des raisons qui me sont personnelles :

        « Le Franc-Comtois n’apprécie pas beaucoup non plus le vent du nord-ouest qui souffle au printemps et qu’il appelle l’air de pique-blanches car il annonce des gelées tardives qui brûlent la fleur de prunier avant que le fruit ne se forme. De là, le vieux proverbe qui évoque Paris, ville située dans cette direction :

     Jamais bon vent ni bonnes gens

     Ne sont venus de ces parages (p,499)

      « Adieu chansons… Chapitre XXVI, page 509

    « Lorsque les jours diminuaient, que les occasions de se distraire, les spectacles publics sur le parvis des églises et les foires devenaient moins nombreux, la musique faite à la maison et les danses jouaient un rôle crucial dans la vie du paysan. « (p,509)

   « Le papier qui parle » Chapitre XXVII, page 537

   « Nous en arrivons maintenant à une question ayant d’évidence trait à la culture populaire, et l’une des plus difficiles, malgré l’attention dont elle a bénéficié : quand et comment la lecture a-t-elle touché l’homme du commun ? L’imprimerie se tient à l’entrée du monde moderne comme les dragons qui gardent les portes du temple. Mais qui, dans la France du XIX° siècle, avait accès au temple de l’imprimerie ? La réponse est surprenante : beaucoup de monde, car point n’était besoins de savoir lire pour apprécier ses productions. L’imprimerie était l’art urbain par excellence ; elle répandait des textes, des images, des idées, qui avaient été formulés par des citadins. Comme les chansons imprimées, ces produits devenaient souvent populaires. Elles ne l’étaient pas nécessairement de par leur naissance. » (p,537)

     L’auteur note :

    « Charles Nizard- dont l’Histoire des livres populaires et de la littérature de colportage, publiée en 1854, et rééditée dix ans plus tard demeure notre principale source d’information (p,538)

     « En 1853, environ neuf millions de livres furent diffusés dans l’année; mais il faut savoir que ce qu’ils achetaient étaient les produits des marchands des rues :  « Des petits livrets à 6 sous que l’on voit étalés sur les ponts et les murailles. » C’étaient des abrégés de Robinson, Télémaque, de Paul et Virginie, et de la vie du chevalier Bayard, ou encore des fables d’Esope. » (p,538)

     Littérature de colportage, absence de bibliothèques dans les écoles et dans les villes, la situation changea lentement au cours du siècle.

     « Au milieu du XIXème siècle, « 15 millions de Français apprenaient l’histoire de leur pays et ses lois, les grands événements mondiaux, les progrès de leurs sciences, leurs droits et leurs devoirs rien qu’en lisant l’almanach » (p,548)

     Longtemps : « Les images et les textes imprimés pour les campagnes avaient été les mêmes que pour les gens des villes. Un fossé se creusa entre les deux à partir du moment où la nourriture offerte aux citadins devint moins naïve et plus actuelle. Fossé qui marqua les lecteurs des campagnes une  bonne partie du XIX° siècle, jusqu’à ce qu’il rétrécisse et finisse par se combler tout à fait au XXème siècle. »

     Les journaux commencèrent à être diffusés plus largement « L’industrie de l’image, déclinante depuis quelque temps, s’écroula irrémédiablement dans les années 1890… « Le peuple », maintenant le peuple presque tout entier, préférait les journaux et leurs suppléments illustrés.

     Le contenu du colporteur changea puis disparut comme le colporteur lui-même (p,550, 551)… De nombreux indices montrent que le colportage des livres était un commerce en voie de disparition… Les colporteurs faisaient une bonne partie de leurs affaires dans les petites villes. Avec la création du Petit Journal en 1863, ils commencèrent à perdre leur public. » (p,552)

      J’ai consacré une de mes chroniques du blog à l’évocation de la littérature populaire des colporteurs qui régna longtemps dans nos campagnes.

    « Dans les années 1869, le niveau d’éducation s’était amélioré, mais dans les campagnes les journaux continuaient à se faire rares. Pour l’ensemble de l’Ardèche peuplée de 252 000 âmes en 1865, le nombre de quotidiens vendus s’élevait à 1 200. En Corrèze, en 1867, « il n’y avait pas de journaux dans les villages… Lorsque le Petit Journal fit son apparition en 1863, il y avait encore beaucoup d’endroits où l’on ne savait ce qu’était un journal et où on pouvait l’acheter comme d’autres biens sur la place du marché… Durant le premier trimestre de l’année 1870 , seulement 171 exemplaires furent vendus dans toute la Corrèze, la Creuse et la Haute Vienne…. Dans le Limousin, le nombre d’exemplaires diffusés passa de 6154 en 1869 à 8185 en 1876…. Comme les faibles chiffres de ventes le montrent, les journaux continuaient à être lus par les artisans et les commerçants des petites villes, les notables et les conseillers municipaux des villages. (p,555)

     Au fur et à mesure des années, le nombre de journaux vendus en province augmenta : « En 1907, dans l’Hérault, presque toutes les communes recevaient les journaux.

      Comme l’école, comme la politique, la presse faisait à la fois progresser le processus d’homogénéisation et le niveau de la pensée abstraite. La tradition  culturelle véhiculée par la presse s’appuyait sur des généralités, ce qui contribuait à favoriser le traitement de thèmes universels et nationaux plus que les thèmes locaux ou spécifiques. Cette culture disparut de l’esprit des lecteurs comme elle disparut de leur langage. Non seulement les journaux avaient permis à l’usage du français de se répandre, mais de plus ils portaient un vocabulaire qui venait renforcer et en même temps compléter celui de l’école. (p,556)

     Le contenu de ce chapitre est tout à fait intéressant, mais il est en même temps le symbole de ce qui manquait et de ce qui manque encore dans beaucoup d’analyses sociologiques ou économiques, les données quantitatives qui permettraient de donner encore plus de pertinence à une analyse qui se veut exhaustive  des faits.

      L’auteur illustre son analyse en citant quelques chiffres, mais le lecteur fonde beaucoup plus sa conviction historique sur la variété et l’accumulation des observations proposées qui ont effectivement un sens et qui marquent une direction.

       Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que je relève ce type de carence de sources quantitatives, et je l’ai noté en particulier dans les ouvrages dédiés à la culture coloniale et impériale de la France.

     Comment accepter la pertinence d’un discours historique sur un sujet comme celui-là, sans avoir procédé à une analyse fouillée de la presse de l’époque sur le plan de la chronologie et des contenus ?

      J’ai noté ailleurs qu’un des livres qui eut du succès dans le domaine colonial ou postcolonial, « L’idée coloniale » avait réalisé l’exploit de traiter le sujet en faisant l’impasse sur un de ses vecteurs, sinon le vecteur principal de l’effet supposé de l’idée coloniale.

     « Le glas du passé » Chapitre XXVII, page 559

     « La continuité s’est interrompue », écrivait Jules Méline sur le monde en changement qui l’entourait. « Moins qu’une évolution, c’est une véritable révolution qui se déroule et qui fait son chemin. » Evoquant ces années, le folkloriste André Varagnac affirmait que la France avait subi dans le dernier quart de siècle une véritable crise de civilisation… A la fin du siècle, on assiste à la destruction massive des coutumes traditionnelles.. » (p,559)

    « De George Sand à Maurice Barrès, les écrivains s’emparèrent du paysan comme un siècle auparavant on s’était emparé du bon sauvage. Des séries de cartes postales représentaient des scènes qui i il y a peu de temps encore n’étaient pas dignes d’être représentées, chaumières, fermiers engrangeant duè foin, fêtes des moissons, paysans en costume régional. »(p,560)

     « Les changements dans les récoltes, les outils, les conditions de vei affectèrent aussi les habitudes. Les veillées, nous l’avons vu, disparurent parce que les gens avaient les moyens d’éclairer et de chauffer leurs propres maisons. L’argent et les machines mirent fin au traditionnel salaire en nature comme cela se faisait par exemple pour la onzième gerbe des moissonneurs. » (p,561)

   « Le meilleur exemple connu de la naissance d’une nouvelle tradition se trouve dans les fêtes de la conscription. » (p,562)

      « Le rôle des guerres, qui donnèrent le coup de grâce à des coutumes qui subsistaient vaguement, apparait d’une manière évidente…. Edgar Morin fait précisément cette constatation lorsqu’il écrit que dans la campagne de Plodémet, « La guerre de 1914 accélère et amplifie toutefois la plupart des processus déclenchés en 1880-1900. »

      Personnellement, je pense que la première guerre mondiale a constitué une grande rupture historique et à tous points de vue dans notre pays, et que la défaite de 1939 trouve une de ses causes principales dans ce conflit qui  a saigné littéralement la France sur tous les plans.

        A titre d’exemple dans une région qui  m’est chère : « Comme le père Garneret le disait pour la Franche Comté, ce fut « une rupture sanglante qui ravagea nos villages : 20 morts pour cent habitants et qui fit voler en éclats toutes les traditions. » (p,565)

        Dans ma famille paternelle des plateaux du Jura, quatre frères, dont mon père, furent mobilisés pendant la guerre de 1914-1918 : le plus jeune, gravement blessé, mourut la veille de ses vingt ans, le deuxième revint mutilé, le troisième revint gazé, et le quatrième fut blessé.

      « La guerre fit franchir au ou processus d’intégration nationale un immense pas en avant. Détruisant les survivances anachroniques, elle hâta dans le même temps l’avènement de toutes les transformations que nous avons  vu prendre forme. »(p,568)

       Pendant longtemps, le village fut « une association d’entraide mutuelle ».

      « La route et le rail furent les facteurs décisifs de ce changement. L’école le mit en forme et en accéléra le processus. » (p,571)

       Villes et campagnes avaient deux conceptions du temps :

      « Dans la France de la fin du XIXème siècle, ces deux conceptions du temps, l’une rurale, l’autre citadine, s’affrontèrent et l’une d’entre elles disparut. « (p,573)

        En sorte de conclusion de ce chapitre, mais au moins autant du processus qu’il a décrit tout au long de son analyse très documentée :

    « Il ne s’agit pas de se demander si c’est bon ou mauvais. Cela est. Cela s’est produit ainsi. C’est le caractère même de ce qui s’est passé en France entre 1870 et 1914. « (p,574)

       Commentaire : 1 - Comment ne pas se poser la question que j’ai déjà plusieurs fois posée sur le manque de pertinence scientifique du discours historique du collectif de chercheurs Blanchard and Co, quant à la thèse d’après laquelle, grâce à je ne sais quel processus d’acculturation mystérieuse, la France se serait imprégnée d’une culture coloniale au cours de la même période de référence 1870-1914 ?

       2- Comment ne pas adhérer au constat historique que propose Eugen Weber quant au parallélisme qui pouvait exister entre les « indigènes » de la République française et les « indigènes » des colonies ?

         C’est tout l’objet de la chronique que nous vous proposerons en partant de la lecture de l’ouvrage et de toutes les réflexions de l’auteur que contient le dernier chapitre « Cultures et civilisations ».

      Je fais partie des citoyens qui estiment que la France n’a jamais été une nation coloniale, en tant que peuple, mais qu’en revanche, elle a toujours eu un grand goût de l’exotisme.

     Je répéterai volontiers que le peuple français n’a découvert et pris conscience du « fait colonial » qu’à l’occasion de la guerre d’Algérie, avec le contingent, et toutes ses conséquences, et encore plus avec les importants flux d’immigration francophone que le pays a accueilli à partir des années 1980-1990.

 Jean Pierre Renaud    Tous droits réservés

Repost 0
Published by pas de pseudo - dans culture
commenter cet article
25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 10:34

« La fin des terroirs » Eugen Weber

Deuxième Partie

Les agents du changement (p,237) (Suite)

 

 

     « Les prêtres et le peuple » (Chapitre XX, page 427)

       Il s’agit d’un chapitre difficile à résumer, fusse en retenant quelques- unes des citations qui pourraient en donner la couleur, et sauf à dire qu’à la fin du siècle la querelle entre cléricaux et anticléricaux parait dominer le sujet.

       L’auteur cite en début de chapitre une strophe de La Fontaine :

      « Un mort s’en allait tristement       Un curé s’en allait gaiement

      S’emparer de son dernier gîte         Enterrer ce mort au plus vite »

     « Ainsi chantait La Fontaine, avec son sens habituel des réalités populaires. Nous ne pouvons pas savoir exactement quel genre de religion avait commencé à décliner. Mais nous pouvons dire que le rôle déclinant de ses représentants était évident et bienvenu. La sympathie pour les hommes d’habit était soit tiède, soit nulle. Le bon prêtre charitable et affable, que nous rencontrons occasionnellement dans les romans du XIX°siècle, n’a trouvé aucune place dans la sagesse populaire, qui n’offre aucun proverbe célébrant le clergé, mais des douzaines de critiques de ses membres. »

    « En 1899, comme l’admettait la Revue du clergé français, le clergé représentait aux yeux du public la réaction, le conservatisme et l’esprit rétrograde. » (p431)

    « L’école devenant un rival de plus en plus dangereux, le langage fut amené à jouer un rôle nouveau dans le combat prêtre-instituteur. Le prêtre était désigné ou se désignait lui-même comme un défenseur du parler local ; et ceci, tout simplement pour s’opposer d’abord au français de l’instituteur mais aussi parce qu’il aidait à préserver la foi de la subversion. » (p,433)

    « Les politiques menées par les cléricaux et les anticléricaux touchèrent ainsi indirectement l’esprit populaire. Elles contribuèrent à saper la tradition et à faire disparaître des pratiques qui faisaient partie de la vie depuis des siècles. Mais les arguments politiques tels qu’ils étaient développés dans les villes ne convaincraient ni ne pouvaient convaincre les campagne tant que la mentalité rurale n’était pas passée sur la même longueur d’ondes que celle des citadins. Cela allait prendre du temps. » (p435)

      Résultat : « Dans les années précédant la Première Guerre mondiale, comme le notait un prêtre, « dans les villes (les gens) se réveillent à nos idées (alors que) nos paysans deviennent de plus en plus païens. » (p443)

Jean Pierre Renaud Tous droits réservés

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by pas de pseudo - dans culture
commenter cet article
25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 09:56

« La fin des terroirs » Eugen Weber

Deuxième Partie

Les agents du changement (p,237)

       « Des routes, encore des routes et toujours des routes » (chapitre XII, p,239)

         La France changea de visage à partir de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, avec la route, le rail, et l’école, après 1880, avec la Troisième République.

         « Quand Maupassant et d’autres pêcheurs du dimanche parisiens allaient en diligence de Courbevoie à Asnières, à 9 kilomètres, ce village était aussi éloigné en temps de déplacement, de la capitale, que Rouen l’est en train aujourd’hui, ou Nice en avion. » « (p,243)

        « Les changements réels semblent n’être intervenus qu’après la loi de 1881, qui autorisait la construction des routes rurales « reconnues d’intérêt public »…. En 1929, 76% des routes locales de Vendée avaient été construites après 1881. » (p,249)

        En ce qui concerne le rail, il y avait 19 746 kilomètres de lignes en 1879 et 64 898 en 1910.

       « Avant que la culture ne change en profondeur, il fallait que les conditions matérielles se transforment et dans ce processus le rôle de la route et du rail fut fondamental » (p,252)

      « On a dit des routes qu’elles avaient cimenté l’unité nationale. Si la chose est vraie (et je pense qu’elle l’est), le plan Freycinet fit plus pour atteindre ces résultats que les grandes routes de la monarchie et de l’Empire, qui ne cimentèrent guère (même si cela était en soi beaucoup) qu’une structure administrative. » (p,268)

     « Changement et continuité » (chapitre XIII) (p,269)

      « l’entrée de la France dans l’ère industrielle a généralement été située en fonction du nombre d’engins mus à la vapeur. En fait, le développement des routes et des chemins de fer serait un indicateur plus sûr, car ce furent eux (et particulièrement les routes et les lignes ferroviaires locales de la fin du XIXème siècle) qui créèrent un véritable marché national dans lequel les marchandises et les produits fabriqués par les machines pouvaient être achetés et vendus. Bien plus, ils jouèrent un rôle crucial en répandant partout cette prospérité relative qui soutenait ce marché… Il y avait plus de gens travaillant dans la production artisanale que dans l’industrie à grande échelle. C’était vrai dans les années 1860… » (p, 269)

     En 1876 : « On était encore loin d’une situation moderne. … Un pays de patrons. .. de petits artisans indépendants… C’étaient ces hommes et leurs aides, ou compagnons, qui formaient le public intéressé par les débats politiques dans les villes et les cités ; et c’étaient des gens comme eux qui à la fois maintenaient l’autarcie du village et aidaient les villageois à sortir de cette autarcie. » (p,270)

      « Deux institutions importantes avaient maintenant commencé à décliner : la forge et le moulin du village. Tout comme le lavoir était le centre social des femmes, la forge était un lieu de rencontre pour les hommes du village… Si la forge était le centre social du village, le moulin était le centre social des campagnes : une sorte de salon rustique et enfariné, comme le disait un Breton. » (p,274)

      « La campagne dans la ville » (chapitre XIV, p,283)

      « « Ce n’était point la campagne, il y avait des maisons ; ce n’était pas une ville ; les rues avaient des ornières comme les grandes routes et l’herbe y poussait ; ce n’était pas un village, les maisons étaient trop grandes. » La description  que Victor Hugo fait du faubourg Saint Marcel, valable pour la monarchie de Juillet, pourrait aisément s’appliquer à maintes villes de campagne une génération plus tard – et même deux ! Ville et campagne s’interpénétraient dans de petits centres endormis comme Cerilly (Allier), Millau (Aveyron)), Brioude et Yssingeaux (Haute Loire), Florac (Lozère), Saint Flour (Cantal) de telles viles, qui jouaient le rôle de « petites capitales » pour une demi-douzaine de communes se réveillaient périodiquement quand la brève animation du marché hebdomadaire ou de la foire saisonnière rompait leur sommeil. Mais c’était grâce à ces villes que la culture nationale et les changements qu’elle introduisait étaient transmis aux campagnes environnantes. Ce sont, disait Adolphe Blanqui, des « laboratoires où l’esprit d’entreprise de la bourgeoisie prépare les expériences dont bénéficieront les gens des campagnes… de gros bourgs ou de grands villages…» (p,283)

      « La présence d’une communauté d’étrangers dans de petites villes comme celles-là, sans rapport avec leur mode de vie normal, c’était quelque chose qui ressemblait fort à une situation coloniale. » (p,284)

       « Les paysans et la politique » (chapitre XV, p, 293)

      Une observation de départ : il ne faut pas oublier que jusqu’à la fin du siècle, la paysannerie représentait plus de 80% de la population française.

        « La politique, dans cette France rurale, en restait à un stade archaïque – local et personnel- et cela dura jusqu’aux années 1880 au moins. Dans ces zones, l’évolution vers la modernité, c’est-à-dire vers la conscience des problèmes sur un plan national et international, semble commencer après les années 1870. Cela vient de l’intégration de ces zones à la France, et renvoie à ce processus que nous avons déjà examiné : les manières et les valeurs des villes pénétrant les campagnes, la colonisation des campagnes par les villes. » (p,294)

      J’ai naturellement souligné le mot colonisation à l’intention des chercheurs en histoire postcoloniale.

      L’Etat dans ses multiples expressions, justice, fisc, ou police, fut longtemps considéré comme un oppresseur, et l’auteur fait une observation importante sur l’opinion publique de l’époque, une référence jamais mesurée ou identifiée pour beaucoup d’historiens :

      « L’opinion publique « reste celle des villes et de la bourgeoisie ». Le public semble s’identifier à ces quelques électeurs qui lisent les journaux, la population à cette mince portion sociale « intelligente et lettrée ». Et finalement en 1898, le commissaire de police du Perthus distinguera non sans justesse la « population politique » de la « population  générale » qui reste indifférente à la politique… » « (p,296).

        Et l’auteur de remettre certaines pendules historiques à l’heure !

      « Les historiens marxistes, en particulier, ont cherché à montrer que des tensions politiques de type moderne affectaient la paysannerie, et que ses luttes contre les propriétaires terriens et les autorités impliquaient une vision politique, une sorte de protestation correspondant au schéma de la lutte des classes. Marx était à cet égard plus averti. Pour lui, les paysans français n’étaient pas une classe, parce que l’«identité des intérêts » n’avait fait naître chez eux « ni communauté, ni lien national, ni organisation politique ». Etant arrivé à cette conclusion en 1850 avec le Dix Huit Brumaire de Louis Bonaparte, Marx ne voyait aucune raison de changer son jugement : il n’ajouta aucune note de bas de page à la seconde édition en 1869, pas plus que Engels pour la troisième en 1885… Tous deux en concluaient que la paysannerie, incapable de se représenter ou de fonctionner comme une classe, était « un agrégat de grandeurs homologues, comme des pommes de terre dans un sac forment un sac de pommes de terre. » (p,297)

     Comment ne pas souligner cette formule choc ?

    « Pendant la décennie de 1870, la crainte d’une restauration de l’Ancien Régime et de ses servitudes hanta les esprits de nombreux paysans. » (p,303)

         Le grand nombre de rapports officiels rassemblés par le Second Empire et la Troisième République montre que la politique continuait à être locale, et que la politique locale continuait à être personnelle. « Il n’y a pas à proprement parler de partis politiques, disait le sous-préfet de Mirecourt (Vosges) en 1869, il n’y a que des partis locaux. » Tout comme la paysannerie de la Sarthe décrite par Paul Bois, les paysans de toutes les régions où j’ai enquêté, des Vosges à la Bretagne, restaient indifférents à la politique nationale, et ne s’intéressaient qu’aux problèmes et aux personnalités locaux. »

       A la fin du siècle : « La politique, c’était l’affrontement de deux hommes… » (p,313)

     « Maurice Agulhon a soutenu que cette adaptation des thèmes étrangers était importante pendant la période de transition, quand les populations rurales, encore peu touchées par le monde extérieur, pouvaient être entrainées par des slogans idéologiques correspondant à des haines ou à des aspirations locales, et quand l’interaction de ces thèmes avec la tradition locale s’intégrait dans le processus d’acculturation. C’est vrai. Mais il est bon de rappeler que ce qu’Agulhon dit de la société villageoise avant 1848 est resté valable plus de 50 ans après dans une grande partie de la France, dans des régions où le processus d’acculturation restait incomplet, et c’est ce type de tour de passe- passe qui fut à l’œuvre pendant au moins cent ans. » (p,314)

     « Comment le nouveau langage de la politique était-il assimilé ? ou, pour le dire autrement, comment les masses politiques commencèrent-elles à agir comme si la politique n’était pas l’intérêt et l’apanage d’une petite minorité ?

       Nous pouvons affirmer sans crainte qu’elles n’apprirent ce langage en lisant. « Les paysans ne lisent pas la littérature électorale », rapportait le sous-préfet de Rochechouart (Haute Vienne) en 1857. De fait, ils ne lisaient pas grand-chose en général. L’opinion dans les collectivités traditionnelles, venait d’un consensus global, non de points de vue développés de manière privée. Fondée sur des relations personnelles, l’opinion était modelée par la parole, non par l’écrit. Qu’il s’agisse des années 1850, où les publications politiques furent librement distribuées dans les campagnes, ou des quarante années qui précédèrent 1914, la propagande resta principalement verbale… » (p,321)

      « Le langage politique des villes ne pouvait susciter une réaction positive que s’il était interprété et traduit en termes plus familiers.

      Le rôle des interprètes était donc crucial, ainsi que leur nombre, leur variété, et leur capacité à pénétrer dans les couches profondes de la société rurale. » (p,322)

    « L’ignorance rendait plus facile pour les politiciens et les « leaders » locaux de confondre et de manipuler les électeurs…

    Le secret du scrutin ne fut pas particulièrement bien préservé jusqu’en 1914, époque à laquelle on introduisit les isoloirs et les enveloppes pour déposer les bulletins. » (p,327)

    A partir de 1877 et de la Troisième République, la mairie, le véritable instrument de l’acculturation politique des Français :

     « Et la politique, depuis 1877 en tout cas, avait fait son apparition au village où le maire, en outre, n’était plus nommé d’en haut, mais élu par le conseil municipal, conseil dont les membres étaient eux-mêmes élus par tous les hommes âgés de plus de vingt et un ans. Pour Daniel Halévy, cette révolution des mairies, qui affectait la structure même de la société, constitua un événement plus important que les révolutions de 1830 et 1848, qui ne concernaient que l’Etat…. « C’est introduire la politique au village » exultait Gambetta. » (p,328)

    « La migration : une industrie de pauvres » (chapitre XVI, p,335)

    Avec le développement des moyens de communication, le travail d’alphabétisation des écoles, le début d’une certaine industrialisation conjuguée avec l’urbanisation, les migrations changèrent la physionomie du pays.

     « Dans le pays pris dans sa totalité, le pourcentage de la population née dans un département et vivant dans un autre, de 11,3% en 1861 et de 15% en 1881, passa à 19,6% en 1901. » (p,349)

      « Un autre type de migration : le service militaire » (chapitre XVII, page351)

     Il fallut attendre 1889, pour que le service militaire change de physionomie :    « Jusqu’en 1889, l’armée restait un épouvantail et les soldats étaient craints et tenus en suspicion jusque dans leurs propres communautés » (p,356)

   « En 1889, enfin, le service fut réduit à trois ans, la dispense de 1 500 francs fut abolie, et tous ceux qui avaient été exemptés auparavant (essentiellement les étudiants, les enseignants, les prêtres, les séminaristes et les fils ainés des familles nombreuses ou de celles dont le père étaient morts) durent servir un an sous les drapeaux. Cette mesure fut populaire. Ce fut le moment crucial à partir duquel tous les Français physiquement aptes commencèrent à faire leur service militaire ?. En 1905, la durée du service fut fixée à deux ans pour tous…. Mais la migration institutionnalisée et le brassage impliqué par le service militaire avaient commencé dans les années 1890. » (p,353)

      « En résumé, il n’y avait pas assez de sens de l’identité nationale pour atténuer cette hostilité à l’armée » (p,357)

      Le service militaire fut effectivement un instrument d’acculturation du pays, mais la diversité des langues restait un problème :

     « Ceci suggère que l’armée doit avoir été la dernière institution officielle à maintenir la pratique du bilinguisme : les officiers s’adressaient aux troupes en français et les sous-officiers servaient d’interprètes le cas échéant. » (p,359)

     L’auteur cite le cas de Lyautey, alors commandant, lorsqu’il prit la tête d’un escadron de cavalerie à Saint Germain en 1887,  qui découvrait les conditions de vie très médiocres qui étaient celles de la troupe, et auxquelles il s’efforça de porter remède.

      « Une sérieuse entreprise de civilisation : l’école et la scolarisation » (Chapitre XVIII, page 365))

      « L’école, et particulièrement l’école du village, gratuite et obligatoire, s’est vue attribuer le processus d’acculturation final qui a transformé les Français en Français – qui finalement les  a civilisés, comme aimaient le dire de nombreux éducateurs du XIX° siècle… Ce qui a rendu les lois de la République si efficaces, ce n’était pas simplement le fait qu’elles obligeaient tous les enfants à fréquenter l’école et leur accordaient le droit de le faire gratuitement. Ce furent les circonstances historiques qui rendirent les instituteurs et les écoles plus accessibles ; qui fournirent des routes grâce auxquelles les enfants pouvaient aller à l’école ; et que par-dessus tout, firent de l’école quelque chose de significatif et de profitable, une fois que sa fréquentation eut acquis un sens grâce au changement des valeurs et des perceptions.

       Mon but est de montrer dans ce chapitre le développement de la scolarisation dans ce contexte particulier, de montrer comment elle s’accorde avec les changements indiqués plus haut, et en quoi son succès fait partie d’un processus global. » (p, 366)

      « En 1876, près de 800 000 enfants sur un total de 4 500 000 d’âge scolaire, ne fréquentaient pas l’école. La plupart de ces enfants appartenaient à des communes rurales ; et bon nombre d’enfants officiellement enregistrés ne fréquentaient guère les classes. Il y avait là un problème persistant.

    Le grand changement suivant eut lieu dans les années 1880. Il se serait produit auparavant, si le ministre de l’Instruction, Victor Duruy, avait pu développer les plans élaborés en 1867. Mais ce ne fut pas le cas, et la plupart de ses initiatives restèrent à l’état de projets. D’où l’importance des réformes introduites par Jules Ferry. En 1881, toutes les écoles primaires publiques devinrent entièrement gratuites. En 1882, la fréquentation de l’école publique ou privée fut rendue obligatoire. » (p372)

      « L’une des raisons de la lenteur des progrès dans la lutte contre l’an alphabétisation – étrangement ignorée par les meilleures études sur le problème de l’éducation en France- était le fait que de nombreux adultes (et par conséquent leurs enfants) ne parlaient pas français…

      Le problème majeur rencontré par les écoles publiques des 8 381 communes non francophones – et dans une bonne mesure par les 29 129 où le français était soi-disant d’usage général – était le moyen d’enseigner le français à des enfants qui ne l’avaient jamais (ou à peine) entendu. » (p,374)

    « C’est seulement dans les années 1880, et plus probablement au tournant du siècle, que les efforts des années 1860 et 1870 donnèrent leurs fruits : produire une majorité d’adultes pour lesquels la langue nationale était familière.

     Dans les villages, toute personne essayant de parler français n’aurait pas échappé aux moqueries de ses voisins », expliquait un éducateur de la Loire en 1864. « Elle aurait été tournée en ridicule » Ce type de pression – ainsi que certains autres- doit être pris en considération. La présence, dans une famille ou dans un groupe, de gens ne parlant pas français contribuait à maintenir l’usage de la langue locale. Jacques Duclos était né en 1896. Ses parents connaissaient le français mais ne l’utilisaient pas à la maison, peut-être parce que la grand-mère ne le comprenait pas. Le petit garçon n’apprit le français qu’à l’école.

      Ainsi la transition devait-elle être nécessairement lente… »(p,375)

     « Le recteur Baudouin, de Rennes, dans son grand rapport de 1880 parlait de la nécessité de « franciser » la péninsule – particulièrement les trois départements de la Basse Bretagne- grâce à l’extension des écoles, qui seule pouvait « vraiment unir la péninsule au reste de la France et compléter l’annexion historique toujours prête à se dissoudre » (p,376)

     Avec en parallèle, la scolarisation des filles :

    « Il découle de tout cela que les lois scolaires de 1880 eurent un énorme impact sur l’alphabétisation et la scolarisation des filles – deux domaines où elles étaient restées jusque-là très en retard. Quand les résultats de cette politique se firent sentir dans les années 1890, le rôle culturel des femmes dans la famille changea brusquement et, avec lui, les attitudes vis-à-vis de la scolarisation et de l’usage du français. » (p,378)

    L’instituteur était devenu un personnage important, souvent plus que le curé ou le maire qui ne parlait pas toujours le français. Il n’en reste pas moins que l’état de la scolarisation souffrait encore de beaucoup d’imperfection selon la position géographique des villages, leur raccordement à un réseau de communication, et la pression qu’exerçaient les nécessités de l’activité agricole dans une France très majoritairement rurale.

    De plus, « L’école fut considérée comme inutile très longtemps, car ce qu’elle enseignait, avait fort peu à voir avec la vie locale et ses besoins. L’instituteur enseignait le système métrique alors que les toises, les cordes et les pouces étaient encore d’usage courant ; il comptait en francs, alors que les gens parlaient encore de louis et d’écus. Le français était de peu d’usage quand tout le monde parlait patois et que les annonces officielles étaient faites par un crieur public dans le parler local. » (p391)

      Les lois militaires furent également un facteur de francisation.

    « Nous en arrivons ici à la plus grande fonction de l’école moderne : non pas tant enseigner des savoir-faire utiles qu’un nouveau patriotisme dépassant les limites naturellement reconnues par les enseignés. Les révolutionnaires de 1789 avaient remplacé de vieux termes comme maître d’école, régent, recteur, etc., par le mot instituteur, parce que l’enseignant était censé instituer la nation." (p,398)

     « Il n’y avait pas de meilleurs instruments d’endoctrinement et de conditionnement patriotique que l’histoire et la géographie françaises, et tout spécialement l’histoire qui, « correctement enseignée (est le seul moyen de maintenir le patriotisme dans les générations que nous éduquons. « (p,399)

     « Tout comme la langue maternelle n’était pas la langue de leurs mères, la patrie était quelque chose de plus (de fait, quelque chose d’autre) que le lieu où leurs pères vivaient. Il fallut un vaste programme d’endoctrinement pour persuader les gens que la patrie s’étendait au-delà de ses limites perceptibles et formait cette réalité immense et intangible appelée « France. » (p,400)

   L’auteur cite alors le rôle d’un livre scolaire dont le succès contribua beaucoup à la francisation du pays :

« En 1884, le Tour de France de Bruno, publié en 1877, avait été réimprimé 108 fois, et vers 1900, les ventes dépassaient huit millions d’exemplaires. Chaque enfant connaissait, lisait et relisait l’histoire des deux garçons alsaciens qui quittaient leur foyer après le décès de leur père pour répondre au vœu qu’il avait exprimé : qu’ils puissent être des Français. » (p,401)

      L’ensemble des extraits de textes que nous venons de citer brossent le portrait d’une France très différente de celle que l’on trouve couramment racontée dans nos livres, laquelle fait toujours la part trop belle au monde des villes, pour ne pas dire trop souvent au monde parisien.

    « Dieu est-il français ? » (Chapitre XIXème, page,407)

     « Vers le milieu des années 1870, 35 387 703 personnes, sur les 36 millions d’habitants de la France étaient considérés comme catholiques par les recensements officiels ;… Quelle que fut la signification globale de ce fait, cela voulait dire que l’Eglise était partie intégrante de la vie. » (p407)

      L’auteur cite maints exemples de l’emprise de l’Eglise sur la société de l’époque, une emprise qui n’était pas toujours d’une grande clarté évangélique, avec ce qu’il fallait de crédulité populaire, mais dont l’influence cédait progressivement du terrain.

            Jean Pierre Renaud Tous droits réservés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by pas de pseudo - dans culture
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de eh-tique-media-tique.over-blog.com
  • : Faire partager les réactions de bon sens d'un citoyen et "honnête homme" du vingt et unième siècle, sur l'actualité du jour, face aux dérives des médias, aux discours politiques ou économiques tendancieux, aux images tronquées ou truquées, aux articles ou livres suspects d'idéologie, notamment pour tout ce qui touche à l'histoire coloniale.
  • Contact

Recherche

Catégories

Liens